Dédicaces: Une nouvelle lettre de Sebastian Lee décryptée

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Peinture de haut de page: Jeune homme écrivant une lettre de Gabriel Metsu,1662-65, National Gallery of Ireland, Dublin

Par Pascale Girard

Alors qu’un premier voyage aux Archives Nationale de Pierrefitte s’est soldé par un cuisant échec, je me dois, en compensation, de partager avec vous un de mes trésors, gardés jalousement, on ne sait pourquoi d’ailleurs, surtout que dans ce cas présent, il s’agit d’une lettre écrite 129 ans avant ma naissance et qui ne m’était donc évidemment pas adressée. Nonobstant, syndrome de Gollum [1] mis de côté, me voici prête à vous dévoiler une petite pépite. Non seulement une lettre avec une histoire, mais encore manuscrite de la main de ce Cher Sebastian. Vous êtes prêts? C’est parti!

Remerciements à la BnF ou le précieux document est conservé, et pour leur aimable autorisation de reproduction.

Quel choc lorsque j’ai reçu la reproduction tant attendue. Français impeccable (l’orthographe du mot sentimens sans le « t » est d’époque, ce n’est pas une faute de sa part), et même soutenu! La conjugaison du verbe joindre me laisse songeuse. Je ne sais pas s’il s’agit d’une formule de l’époque ou d’une erreur mais ça me fait sourire car je l’ai moi-même longtemps écrit de cette façon. L’écriture est élégante, lisible, je suis sous le charme!

Quand on déniche une lettre dans des fonds archivés, on en connait pas le contenu, c’est toujours une surprise. Comme pour celle adressée à M. Habeneck et traitée dans un post précédent, ou il est question de la tournée de Sebastian Lee aux côté de Josef Gusikow. Cette fois, 10 ans plus tard, nous avons affaire à une lettre à un commanditaire d’une œuvre, ou est-ce un cadeau de la part du compositeur? Tâchons d’abord de savoir qui est le mystérieux destinataire.

Si nous reprenons le catalogue de Sebastian Lee et regardons ensemble quelles œuvres ont été publiées en 1847 avec une dédicace féminine, on s’aperçoit qu’on a déjà effectué ce travail précédemment, au cours des recherches qui entourent la mystérieuse dédicace de l’opus 52 Promenade en Gondole, la barcarolle sortie en 1848 et passée totalement inaperçue; une analyse effectuée dans un précédent billet.

Extrait du billet  » Le mystère de l’opus 52 « Promenade en Gondole » une barcarolle de Sebastian Lee ca 1850 » publié le 11 décembre 2023.

Remontons donc le temps à partir de l’opus 51 qui précède la promenade en gondole dédiée à Melle Caroline Morin, cette illustre inconnue. Les Fantaisies sur les motifs d’Obéron, Euryanthe et de Preciosa de C.M Weber sont dédiées au Vicomte Jullien de Reviers de Mauny (1818-1898), polytechnicien et artilleur. Il se marie le 19 avril 1849 à Paris avec Marguerite de Villeneuve-Bargemon (1825 – 1920). Le timing serait parfait pour que Marguerite soit notre « charmante fiancée » si seulement j’avais trouvé une œuvre dédiée à son attention. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

Remontons donc encore un peu plus le temps et regardons de plus près l’opus 50 Réminiscences de l’opéra le Val d’Andorre de Fromental Halévy, dédié à son élève et ami Emile Colliau (1826-1884), artiste photographe. Je trouve un acte de mariage daté du 8 juillet 1854 avec Eléonore Labat. En 1847, monsieur Emile à 21 ans. Jeune homme dans la fleur de l’âge, il a connu au collège Stanislas, notre Cher Sebastian qui lui enseignait le violoncelle. Il devient photographe et il semble qu’il ait peut-être été spécialisé dans les paysages. Etrangement, un autre photographe de la même époque, Eugène Colliau, est répertorié par un site de ventes aux enchères comme photographe pour la même œuvre. qu’Emile Colliau. La bonne nouvelle étant que si ces 2 photographes sont une seule et même personne, Eugène Colliau a fait du portrait d’artiste. Ca nous donne de l’espoir de retrouver une image de Sebastian Lee.

S’en suis un trou dans la raquette car à ce jour on ne connait pas l’opus 49 de Sebastian Lee et je ne l’ai pas encore retrouvé. Ceci aurait donné du poids à la candidature d’Emile Colliau, en tant que destinataire du précieux courrier et de la dédicace car l’opus N°49 étant inconnu, il pouvait hypothétiquement être dédié à Eléonore Labat, sa future épouse, qui deviendrait officiellement notre « charmante fiancée », avec l’opus N°50 qui le suit, dédié à son ami et élève Emile Colliau. Les 2 ouvrages se suivent et il serait donc possible qu’Emile Colliau soit notre homme. Ou pas.

Réminiscences du Val d’Andorre de Fromental Halévy pour violoncelle avec accompagnement de piano, opus 50 de Sebastian Lee édité chez Lemoine, 1847.

Toujours plus loin, donc, l’opus 48 la Sérénade sur ‘Don Pasquale’ opéra de Gaetano Donizetti pour violoncelle et piano, une partition dont je possède un exemplaire papier complet d’époque, est une œuvre sans dédicace.

Sebastian Lee, opus 48 « Sérénade pour violoncelle accompagnée de piano sur Don Pasquale, opéra de G. Donizetti »

Vient l’opus 47 Nocturne sur Robert Bruce, Opéra de Gioachino Rossini, pour Violoncelle avec accompagnement de piano. On en connait le titre mais la partition est toujours manquante, donc pas moyen de savoir si elle a été dédicacée et à qui. A ce stade de l’histoire, il est possible que la lettre soit adressée au commanditaire de l’opus N°47 ou N°49, mais en réalité, nous serions malchanceux si justement ces 2 opus se rapportaient au courrier qui nous intéresse. Je reste persuadée que les 2 œuvres, celle pour la « charmante fiancée » et celle pour « monsieur » se suivent.

Passons donc à l’opus N°46 Divertissement sur les motifs de l’opéra Luisa Strozzi de Gualtero Sanelli. D’après la base de données des fonds numérisés Hofmeister XIX, [2] ces 2 opus (N°46 et N°47) auraient été publiés en juin 1847. Cette fois, on est peut-être un peu trop tôt dans le temps pour un courrier et 2 œuvres livrées 6 mois plus tard.

J’y ajoute quand-même quelques autres parus en 1847 parce-que l’exactitude des mois de parution, d’un éditeur à l’autre, n’a rien d’une science exacte. L’opus 42, donc, Valse brillante dédiée à Ernest Meynard que j’ai eu grand mal à retrouver. Il s’agit du sous-chef de musique du 18ème régiment d’infanterie de ligne. J’ai même un article annonçant la naissance de son fils Jean dans lequel Ernest est qualifié de musicien (on notera, tant qu’on y est, le nom très Barbapapa avant l’heure de Madame) [3]

Un homme du Sud-Ouest mais qui a bien connu l’Allemagne dans le cadre de ses fonctions. Il épousera Madame Barbier à une date inconnue, mais a priori, la dame n’est pas notre charmante fiancée puisqu’on a pas non plus d’opus à son nom et que l’opus précédent, le N°41 Fantaisie sur le Giuramento de Saviero Mercadante est dédicacé à son ami Henri Gowa.

Fantaisies sur le Giuramento de Saviero Mercadante opus 41 de Sebastian Lee est dédicacé à son ami Henri Gowa

Extrait de la Revue et Gazette Musicale N°7 du 14 février 1847

Puis, l’opus 43, sorti en Octobre-Décembre 1847, [2] Fantaisie sur l’Ode Symphonie Le Désert et sur Les Hirondelles de Félicien David dédié à M. Jean Koechlin (1773-1861) artiste peintre, marié vers 1800 mais veuf en 1827. Il aurait très bien pu avoir une « charmante fiancée » en 1847 que les quelques lignes de biographie trouvées sur internet ignorent, sauf que l’opus 42 est pour Ernest Meynard.

Fantaisie sur l’Ode Symphonie Le Désert et sur Les Hirondelles de Félicien David dédié à M. Jean Koechlin Opus 43 de Sebastian Lee

Ensuite, Le Premier Bal, opus 44 dédié à Leon Paixhans (1826-1911), qui travaille comme surnuméraire au ministère des Finances en 1847. Polychnicien, militaire, député et inventeur, qui épouse en premières noces le 15 mars 1851 à Paris, Louise Caroline Elisa Palmyre Auger (1831-1872). Bon timing également, même si 4 ans entre les fiançailles et les noces peuvent paraitre encore un tantinet longuet. Entre temps, il y a eu la fameuse révolution de 1848 donc de gros bouleversements et beaucoup de pagaille. Ca se tient. Sauf que je n’ai toujours pas d’œuvre dédicacée à une « charmante fiancée » de ce nom. J’ai bien eu un petit soubresaut en voyant le 2ème prénom de Caroline, (vous aurez sans doute remarqué qu’à l’époque il est commun de choisir son nom d’usage parmi tous les prénoms donnés, et pas forcément son 1er prénom) mais le nom de famille ne correspond pas à notre demoiselle Morin de l’opus 52. Louise Caroline Elisa Palmyre Auger, accessoirement la cousine germaine de monsieur Léon côté maternel, est la fille de Charles Frédéric Auger, avocat, et de Louise Aimée Bardou. J’ai vérifié au cas ou le nom de jeune fille de la mère eut pu être Morin, mais non. Milieu social de la grande bourgeoisie parisienne, très similaire à celui d’Ernest Gillet dont le père était également haut fonctionnaire, je me suis demandée si je ne m’étais pas complètement plantée en ce qui concerne le tabou du mariage entre cousins germains dans le cas d’Ernest Gillet et Mina Lee (voir billet précédent). En tout cas, pour conclure sur la vie sentimentale de monsieur Léon, mariage arrangé avec la cousine ou pas, il se remarie en 1880, après veuvage, à 54 ans avec Claudie Marthe Pinès de Merbitz (1859-1911), sœur de l’artiste peintre Marguerite Pinès de Merbitz (1845-1931)

Le Premier Bal, Sebastian Lee, opus 44 dédié à M. Léon Paixhans.

En revanche, vient ensuite l’opus 45 Souvenir du Lac des quatre Cantons. Barcarolle pour violoncelle et Piano (publié chez Breitkopf & Hartel ca.1847) dédié à Théodore Delamarre (1824-1889) un autre artiste peintre. Celui-ci est un vrai bon candidat car il épouse Félicie Mathilde Lyautey, le 16 août 1849, à Paris. Là, le timing est pas mal du tout. En revanche, ça voudrait dire qu’une œuvre a été dédicacée à « la charmante fiancée », c’est à dire Félicie Mathilde Lyautey, auparavant. Et là, il faut se rendre à l’évidence, on en a toujours pas. Pourtant, Sebastian Lee dit qu’il joint à sa lettre le morceau composé pour « la charmante fiancée » mais il prie au monsieur d’accepter une autre pièce qu’il lui a inspiré. Le précédent opus, N°44, est pour Léon Paixhans, mais le suivant, le N°46 a peut-être une dédicace qu’on ignore (il n’existe pas d’exemplaire connu à ce jour, juste un titre). Donc pour le moment, voilà ce que je pense: soit le morceau composé pour  » la charmante fiancée » est une œuvre non numérotée, confidentielle et à ce jour perdue, soit il manque un opus quelque part, mais ce qui est sur, c’est que l’œuvre composée pour la « charmante fiancée » et celle que le commanditaire a inspiré semblent avoir été créées l’une derrière l’autre, et pas à 2 mois d’écart puisqu’elles sont livrées ensemble, selon la lettre de ce Cher Sebastian. J’ajouterai même que d’après ce qu’il écrit, il a d’abord composé l’œuvre pour la « charmante fiancée », puis « pour rendre à César ce qui appartient à César », il ajoute une 2ème œuvre que lui a inspiré le monsieur. Donc c’est d’abord l’opus féminin, puis le masculin. Là, l’opus 46 ne peut pas avoir de dédicace à Félicie Mathilde Lyautey, car cela raconterait l’histoire à l’envers (masculin puis féminin). Ca ne fonctionne pas.

La barcarolle Souvenirs du lac des Quatre Cantons, opus 45 de Sebastian Lee dédié à son ami Théodore Delamarre.

Ce qui me chiffonne dans tout ça c’est que la SEULE dédicace féminine que j’ai pour cette période, c’est cette mystérieuse Mademoiselle Caroline Morin de l’opus 52. Cependant, de toutes les dédicaces masculines examinées sur des opus composés et publiés dans l’année 1847, aucun n’a de « charmante fiancée » nommée Caroline Morin. Ou alors… Ou alors, l’un d’entre eux a pu avoir une « charmante fiancée » qui aurait pu être Mademoiselle Caroline Morin, mais le mariage ne se serait pas fait. Parce-que gardons quand-même à l’esprit que ce que nous retrouvons sont les traces consignées à l’Etat Civil. Or, aussi triste que cela puisse paraitre, sans acte de mariage, aucune trace ne subsiste de la plus pure des passions amoureuses. Sauf peut-être une dédicace mystérieuse qui resterait le secret des 2 tourtereaux et du compositeur qui est le témoin de cet amour fugace. Ainsi donc il nous faut renoncer à percer le mystère de ce couple non identifié. Sans la découverte de l’opus 49 ou d’un autre indice comme un nouveau courrier, nous restons sur notre fin. Il y a eu, en cette année 1847 qui annonçait la chute de la monarchie en France une bonne fois pour toute, un couple de fiancés; elle, « charmante », et lui « inspirant », qui ont croisé le chemin de Sebastian Lee, témoin de leur affection; et 2 œuvres composées pour eux scellent cette romance dans l’Histoire, chiffrée à jamais.

Une chose me titille encore pourtant. Sebastian Lee conclut son courrier en manifestant sa parfaite reconnaissance. De ce que j’ai pu voir en brassant toutes ces archives du XIXème siècle, ce n’est pas la façon ordinaire de finir un courrier. Le XIXème siècle est d’ailleurs assez cocasse sur ce point car les formules de styles y sont particulièrement obséquieuses. On conclut en mettant un « votre serviteur dévoué » voire « tout dévoué », « votre très humble serviteur » ou autres fanfreluches pseudo-littéraires. D’ailleurs, dans son précédent courrier à Habeneck, Sebastian Lee conclut comme suit « Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée. » C’est important, car si l’on en croit Edgar Pich dans son article « La lettre et la formule », les formules finales des lettres au XIXème siècle font partie des stéréotypes dont l’étude des variations devait aboutir à la découverte des codes en vigueur. Selon Pich, cette étude « devait confirmer […] les données fournies par les manuels de correspondance, de savoir vivre, des bons usages et des bonnes manières du XIXe siècle et peut-être ainsi mettre en évidence les tensions intéressantes entre les codes explicites et théoriques et les codes implicites mais réellement en vigueur.« [4] En gros, il y auraient 2 types de formules à l’époque: la récurrente qui caractérise une personne en systématisant la même formule; ce qu’Edgar Pich qualifie « d’originalité individuelle » et la volonté de varier la formule. Il ajoute que « Chacune des formules […]« l’assurance de mon dévouement respectueux », « l’assurance de mon respect et de mon dévouement », « mille civilités cordiales et empressées »,… est aussi creuse et désémantisée que sa voisine ; le passage de l’une à l’autre traduit seulement la volonté d’actualiser, de rendre vivante la communication. Pas de changement sans sujet : s’il y a changement, c’est qu’il y a sujet et sujet vivant. Mais ce sujet, vivant et mouvant et changeant, est aux antipodes du sujet sclérosé et constant que nous avons décrit précédemment. » Je pense que dans notre cas il y a sujet. « Je vous prie de vouloir bien accepter les sentiments de ma parfaite reconnaissance » est une façon de conclure sa lettre très spécifique, trop spécifique pour être anodine. Ce n’est pas une formule de politesse en soi, c’est un remerciement, une manifestation de gratitude pour un service rendu. Question à mille points: Quel est-il? Et qui de nos candidats est l’objet de ces sentiments de reconnaissance? Serait-ce le Vicomte Jullien de Reviers de Mauny (1818-1898), polytechnicien et artilleur? Serait-ce Léon Paixhans, le polytechnicien, militaire, député et inventeur? Ou alors Emile Colliau, le photographe? Serait-ce Ernest Ménard, le politicien et romancier? Jean Koechlin, l’artiste peintre? Ou encore Théodore Delamarre, l’autre artiste peintre? Ou un potentiel dédicataire de l’opus 49 ou 47?

Un simili-Cluedo du XIXème siècle, petits gribouillages par « votre toute dévouée » qui s’égare, une fois de plus…

J’espérais une fin magistrale, et pouvoir vous révéler que c’était le Colonel Moutarde avec le chandelier dans la bibliothèque, mais l’ambiguité et le flou artistique continuent de gâter l’affaire!!! En poursuivant ma lecture de l’article de Pich, il donne les exemples de formules suivants: « Recevez ; recevez l’expression ; recevez l’assurance (avec la variante plus sophistiquée : permettez-moi de vous renouveler). A la suite de ce syntagme verbal vient un syntagme nominal qui désigne les « sentiments » de l’expéditeur de la lettre : au centre de ce syntagme se trouve un substantif choisi parmi les vingt suivants : hommages, respect(s), civilités, sentiments, dévouement, sympathie, salutations, attachement, salut, salutations, admiration, regrets, compliments, estime, affection, amitié, considération, sincérité, amitié, remerciement. » et pas de reconnaissance. M.Pich, qui visiblement a passé du temps sur sa recherche, nous propose VINGT substantifs et la reconnaissance n’en fait pas partie. Peut-être que ces 2 œuvres sont des cadeaux pour une faveur faite à notre compositeur.

Et vous? Qu’en pensez-vous?

Epilogue

En préparant ce billet, je tombe sur un autre mystère qui a piqué ma curiosité et que je vous soumets, pour le plaisir. Notre ami Théodore Delamarre, artiste-peintre est l’auteur d’une toile nommée « The cellist« , le violoncelliste. Pourquoi le titre est-il devenu anglais? Parce-que la toile a passé l’océan Atlantique quand elle a été achetée par un Américain. Or, ce tableau est entouré d’un mystère parce-qu’on ne sait pas de qui il s’agit. Par ailleurs, il y a une inscription à peu près illisible en français au dos de la toile, mais hélas, la photo est trop petite et la résolution trop mauvaise pour pouvoir avoir une chance de la déchiffrer. En tout cas, le propriétaire du tableau mentionne que le vêtement lui fait penser à une tenue du XVIIIème siècle (plutôt que du XIXème, époque de Théo Delamarre), ce en quoi je suis d’accord avec lui. J’ajouterais même que plusieurs indices nous portent à réduire la période au règne de Louis XIV (1638-1715), spécialiste de la perruque poudrée, des tons roses bonbons, rouges et autres rubans, mais aussi à cause des talons rouges; une histoire que j’avais déjà entendu et qui serait une drôle de mode lancée par Philippe d’Orléans, royal frangin, qui serait rentré un matin au palais avec les souliers plein de sang. J’avais entendu qu’il s’agissait d’une personne aux mœurs dissolues et qu’il aurait été mêlée à un assassinat. Wikipedia [5] raconte une histoire plus légère de carnaval et d’abattoir (a lire ici au chapitre « talons rouges »). Philou étant né en 1674, disons qu’il avait au moins 15 ans quand l’épisode des talonnettes ensanglantées a eu lieu, on serait donc entre 1689 et 1723, mort du Régent Philou. Un mot également sur la perruque qui ne fait pas très Louis XIV. J’ai été chercher à quelle époque on passe de la choucroute garnie au putois albinos à longue queue. Il semblerait que ce soit à partir de 1715 ou, selon Barbara Rosillo, Docteur en Histoire de l’Art, « d’autres sortes de perruques, plus petites et plus légères, voient le jour, en phase avec cette nouvelle période où le confort l’emporte sur la théâtralité baroque. » [6] On serait donc plutôt entre 1715 et 1723. Et que dire de cet instrument, si moderne? Notre homme pourrait être Jean-Sébastien Bach (1685-1750). Entre 1715 et 1723, il aurait une trentaine d’année, ça colle. Il était plutôt brun, ça colle aussi. Ce sont ces culottes cuisse de nymphe qui me dérangent. Bach est toujours habillé en noir sur ses portraits, donc peu probable finalement. Le propriétaire de la toile pense qu’il s’agit d’un hommage à un musicien. Qui peut bien être ce violoncelliste peint par Théo Delamarre qui était l’ami de Sebastian Lee? Voyez par vous-même:

Le violoncelliste, peinture de Théodore Delamarre (1824-1889). Cet œuvre n’a pas été présentée aux Salons d’expositions Parisiens d’après Wikipedia qui donne une liste exhaustive des toiles exposées à ces occasions.

Les images d’origine et le laïus du propriétaire peuvent être consultés directement ici. Bon, de là à imaginer que Sebastian Lee a servi de modèle pour cette toile il n’y a qu’un tout petit pas à faire. Et si c’était lui et son instrument?! En 1847, Théo Delamarre avait 23 ans et Sebastian Lee 41. Une chose qui me fait douter, c’est la façon dont l’instrument est posé sur le fauteuil, en y faisant peser tout le poids sur le manche. Je ne trouve pas ça naturel. J’ai hâte de savoir ce que vous en pensez!

Notes

[1] Il semblerait que le terme existe réellement mais faisant référence à une autre définition d’après l’ouvrage de Gauthier Steyer  » Le Syndrome de Gollum« , chez Hugo Stern, 2023. [URL https://www.librest.com/livres/le-syndrome-de-gollum–l-emprise-numerique–essai-gauthier-steyer_0-10528288_9782383930518.html Février 2024]

[2] La base de données Hofmeister XIX propose à la recherche gratuite en ligne les catalogues musicaux de Friedrich Hofmeister pour la période allant de 1829 à 1900 [URL: https://hofmeister.rhul.ac.uk/2008/content/database/search/page-all;jsessionid=node01k9h08riopnlk1l87y5ftgo8du150447 Février 2024]

[3] Le Mémorial des Pyrénées, 09 juillet 1874 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5237943b/f3.item.r=Meynard.zoom

[4] Edgar Pich « La lettre et la formule » article sans date [URL: https://books.openedition.org/pul/840?lang=en Février 2024]

[5] Wikipedia, article « Us et coutumes à la Cour de Versailles » [URL: https://fr.wikipedia.org/wiki/Us_et_coutumes_%C3%A0_la_cour_de_Versailles Février 2024]

[6] Bárbara Rosillo, « La perruque, quand l’Europe se coiffait à la mode de Louis XIV, publié le 04.08.2022

[URL https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/epoque-moderne/la-perruque-quand-leurope-se-coiffait-a-la-mode-de-louis-xiv-80891.php février 2024]

Jeune homme écrivant Metsu Dublin
Young Man Writing a Letter by Gabriel Metsu, 1662-65, National Gallery of Ireland, Dublin

Dedications: A new letter from Sebastian Lee decrypted.

2 March 2024 / sebastianleemusic

Written by Pascale Girard. Edition and translation by Sheri Heldstab

While a first trip to the National Archives of Pierrefitte [a community in France] ended in bitter failure, to compensate, I must share with you one of my treasures, which was being jealously guarded by the archive (we don’t know why, especially in this case).  It is a letter written 129 years before my birth, which obviously was not addressed to me. Gollum syndrome [1] aside, here I am ready to reveal “my precious” to you. Not only is it a letter with a story, but it was also written by the hand of dear Sebastian. Are you ready? Let’s go!

With sincere appreciation to the Bibliothèque nationale de France (BnF), where the precious document is archived, and for their kind permission for reproduction.

[Approximate Translation: Sir, I composed a piece about your charming fiancée which I joined [attached] to this letter.  Faithful to the maxim that one must render unto Ceasar that which belongs to Ceasar, I ask you to accept the dedication of this [musical] work that you have inspired along with my sentiments of profound gratitude.

S. Lee
Paris [on] the 13 December 1847]

What a shock when I received this long-awaited reproduction of the letter! Impeccable and even formal French (the spelling of the word “sentiments” (“sentimens”) without the “t” is correct for the era, not an error on his part)! The conjugation of the verb “joined” (“joints” from “jendre”) leaves me wondering. I don’t know if this was a common conjugation for the time or an error, but it makes me smile because I spelled it that way myself for a long time. The writing is elegant and readable, and I am charmed!

When we find a letter in an archival collection, we are never sure what the contents of the letter might be — it is always a surprise. This was the case for the letter addressed to Mr. Habeneck (covered in a previous blog post) which was about Sebastian Lee’s tour alongside Josef Gusikow. This time, 10 years later, we are dealing with a letter that was written perhaps to someone who was a patron of the mentioned work, or maybe it was a gift from the composer? Let’s first try to find out who the mysterious recipient is.

If we return to Sebastian Lee’s catalog and look at all the works that were published in 1847 with a dedication to a woman, we realize that this investigation has already been done during the research surrounding the mysterious dedication of the opus 52 Promenade en Gondole [Gondola ride], the barcarolle released in 1848. Opus 52 was discussed in a previous post.

Excerpt from the blog entry “The mystery of opus 52 “Gondola Ride” a barcarolle by Sebastian Lee ca 1850” posted on December 11, 2023.

[Translation of header:  10 Opuses were written between May 1847 and January 1849, the latter date is where we resumed the search for the history of the publications of Opus 54.  Here is the catalog as we knew it at the time:]

So let’s go back in time from opus 51, which precedes the gondola ride dedicated to the illustrious unknown Caroline Morin. The Fantasies on the Motifs of Oberon, Euryanthe and Preciosa by C.M Weber are dedicated to Viscount Jullien de Reviers de Mauny (1818-1898), polytechnician [military cadet] and artilleryman. He married Marguerite de Villeneuve-Bargemon (1825 – 1920) on April 19, 1849 in Paris. The timing would be perfect for Marguerite to be our “charming fiancée” if only I had found a work dedicated to her. Unfortunately, it is not the case.

Perhaps we should go back in time a little further and take a closer look at opus 50 “Réminiscences de l’opéra le Val d’Andorre” by Fromental Halévy, dedicated to his student and friend Emile Colliau (1826-1884), photographer. I found a marriage certificate dated July 8, 1854 for Emile Colliau and Eléonore Labat. In 1847, Emile was 21 years old—a young student at Stanislas College in the prime of his life. He met our dear Sebastian there as Sebastian was an instructor teaching cello. He became a photographer and it seems that he may have specialized in landscapes. Strangely, another photographer from the same period, Eugène Colliau, is listed by an auction site as the photographer for the same photographs attributed to Emile Colliau. The good news is that if the two photographers are one and the same person, Eugène/Emile Colliau took at least one photographic studio portrait. It gives us hope for finding an image of Sebastian Lee.

Our Achilles’ heel lies in the fact that, to this day, we don’t know anything about Sebastian Lee’s opus 49 and I have yet to find it in any form. If we had a copy of opus 49, it would have given weight to the candidacy of Emile Colliau, as the recipient of the precious letter and the dedication, because opus No. 49 could hypothetically be dedicated to Eléonore Labat, his future wife, who would then become our “charming fiancée”, with opus No. 50 which follows it, dedicated to his friend and student Emile Colliau. The two works follow each other and it would therefore be possible that Emile Colliau is our man. Or not.

Réminiscences du Val d’Andorre de Fromental Halévy [Reminiscences of the Andorra Valley by Fromental Halévy] for cello with piano accompaniment, opus 50 by Sebastian Lee published by Lemoine, 1847.

Furthermore, opus 48 Sérénade sur ‘Don Pasquale’ opéra de Gaetano Donizetti [“Serenade on the opera ‘Don Pasquale’ by Gaetano Donizetti] for cello and piano, a score that I have a complete vintage paper copy of, has no dedication at all.

Sebastian Lee, opus 48 Sérénade sur ‘Don Pasquale’ opéra de Gaetano Donizetti [“Serenade on the opera ‘Don Pasquale’ by Gaetano Donizetti].

Next comes opus 47 Nocturne sur Robert Bruce, Opéra de Gioachino Rossini [Nocturne on Robert Bruce, Opera by Gioachino Rossini], for Cello with piano accompaniment. We know the title but the score is still missing, thus we do not know if it contained a dedication. At this stage of the story, it is possible that the recipient of the letter is either the sponsor of opus No. 47 or No. 49, but in reality, we would be unlucky if precisely these 2 opuses related to the letter that interests us. I remain convinced that the two works, the one for the “charming fiancée” and the one for the “Sir” to whom the letter was written, were composed one after the other.

Continuing back in time, let us move on to opus No. 46 Divertissement sur les motifs de l’opéra Luisa Strozzi de Gualtero Sanelli [Variations of the motifs of the opera Luisa Strozzi by Gualtero Sanelli].  According to the Hofmeister XIX digitized holdings database [2], these 2 opuses (No. 46 and No. 47) were published in June 1847. While we are obviously biased and hold Sebastian Lee in very high regard, even we doubt that he could, in the span of six months, write a letter and two new compositions and send them to their intended recipient(s).

I am considering a few other opuses published in 1847, because the accuracy of the months of publication, from one publisher to another, is not an exact indicator of when the opus was written. For example, Opus 42, Brilliant Waltz, was dedicated to Ernest Meynard, a person whom I have had great difficulty finding in the historical records. I know that he was the deputy head of music of the 18th line infantry regiment. I even have an article announcing the birth of his son Jean in which Ernest is described as a musician (we will note, while we are at it, Madame’s very Barbapapa* name well before its time) [3]

[*Translator’s note: Barbapapa is the name of a children’s book character. This character has a wife (Barbamama) and seven children, all of whose names start with “Barba-” and typically end in a rhyming two-syllable nonsense word, such as the child-musician, Barbalala].

[Approximate translation: Extract of the State Civil Registries of Pau. Births. The third of the month: Marie Tisné called Versailles, daughter of Pierre Tisné called Versailles, gardener, and Marie Laborde-Cazaubon. — Pierre-Léopold-Marie-Fernand Rigoulet, son of Jacques-Hippolyte-Albert Rigoulet, notary, and Marie-Thérèse-Cécile Fassan. — The fourth of the month: Gaston-Adrien Nancy, son of Armand-Felix Nancy, telegraph operator, and Marie Renée Chirou. — Alphonse-Henri Fumaz, son of Damien Fumaz, day laborer, and Fédiliona Salilas. — Jean-Ernest-François Meynard, son of Alexandre-Ernest Meynard, musician in the 18th line, and Barbe-Françoise Barbier.]

Ernest Meynard was a man from the southwestern part of France, who got to know Germany well in the course of his military duties. He married Madame Barbier on an unknown date, but a priori, the lady is not our charming fiancée since we have no opus in her name, and the previous opus, No. 41 Fantasies sur le Giuramento de Saviero Mercadante [Fantasy on the Giuramento by Saviero Mercadante] is dedicated to his friend Henri Gowa.

Opus 41 “Fantasies sur le Giuramento de Saviero Mercadante” [Fantasies on the Giuramento by Saviero Mercadante] by Sebastian Lee is dedicated “To my friend Mr. Henri Gowa.”

Extract showing Lee’s Opuses 42 and 44, from the Revue et Gazette Musicale de Paris No. 7, 14 February 1847

Missing from this edition of the Revue et Gazette is opus 43, Fantaisie sur l’Ode Symphonie Le Désert et sur Les Hirondelles de Félicien David [2], which was released sometime between October and December 1847.  Opus 43 was dedicated to Mr. Jean Koechlin (1773-1861), who was an artist, primarily producing urban landscapes in ink.  He married around 1800 but was widowed in 1827. He could very well have had a “charming fiancée” in 1847 that the few lines of biography found on the internet ignore, except that opus 42 is dedicated to Ernest Meynard.

Opus 43 by Sebastian Lee, Fantaisie sur l’Ode Symphonie Le Désert et sur Les Hirondelles de Félicien David, [Fantasy on the Symphony The Desert and [the symphony] The Swallows by Félicien David] dedicated to Mr. Jean Koechlin.

Then opus 44, Le Premier Bal [The First Ball], which was dedicated to Léon Paixhans (1826-1911), who worked as an assistant at the Ministry of Finance in 1847. He was a cadet, soldier, deputy and inventor, who married Louise Caroline Elisa Palmyre Auger (1831-1872) in Paris on 15 March 1851. Good timing too, even if a four-year engagement seems a bit long. Then again, there was the February Revolution of 1848, causing major upheaval and a lot of chaos, so a long engagement might be unexceptional. The timeline fits, except that I still don’t have a work dedicated to a “charming fiancée”. I had a spark of hope when I saw Caroline’s second first name, but the last name does not correspond to our Miss Morin from opus 52 (you will no doubt have noticed that it was common at the time for a person to choose their common name from among all of the first names given to them, and not necessarily use their first First Name). Louise Auger, incidentally the first cousin of Mister Léon on her mother’s side, is the daughter of Charles Frédéric Auger, lawyer, and Louise Aimée Bardou. I checked to see if the mother’s maiden name could have been Morin, but no. Given the social environment of the Parisian upper bourgeoisie, which was very similar to that of Ernest Gillet, whose father was also a senior civil servant, I wondered if I had not been completely wrong regarding the taboo of marriage between first cousins in the case of Ernest Gillet and Mina Lee (see previous post). In any case, to wrap up the love life of Mr. Léon, arranged marriage with a first cousin or not, after being widowed in 1872, in 1880, at the age of 54, he married Claudie Marthe Pinès de Merbitz (1859-1911), sister of painter Marguerite Pinès de Merbitz (1845-1931).

Opus 44, Le Premier Bal [The First Ball] by Sebastian Lee, dedicated to Mr. Léon Paixhans.

Then comes opus 45 Souvenir du Lac des quatre Cantons. Barcarolle pour violoncelle et Piano [Souvenir of the Lake of the Four Cantons. Barcarolle for cello and piano] (published by Breitkopf & Hartel ca.1847) dedicated to Théodore Delamarre (1824-1889) another painter, this time of landscapes. This one is a very good candidate because he married Félicie Mathilde Lyautey, on 16 August 1849, in Paris. At last, the timeline seems to mesh. On the other hand, that would mean that a work was dedicated to “the charming fiancée”, that is to say Félicie Mathilde Lyautey, previously. But I have to face the facts, I still don’t have any works dedicated to her. However, Sebastian Lee says that he encloses with his letter the piece composed for “the charming fiancée” but he asks the gentleman to accept another piece that he inspired. The previous opus, No. 44, is for Léon Paixhans, but the next one, No. 46…  at the moment, there is no known copy, just a title, so perhaps it has a dedication that we don’t know of.

For now, here’s what I think: either the piece composed for « the charming fiancée » is an unnumbered confidential work which has been lost, or there is an opus missing somewhere. What is certain is that the work composed for the “charming fiancée” and the one that the patron inspired seem to have been created one after the other, and not 2 months apart since they were delivered together, according to the letter from our dear Sebastian. I would even add that according to what he wrote in the letter, he first composed the work for the “charming fiancée”, then “to render unto Caesar that which belongs to Caesar”, he also created a second work that was inspired by the gentleman to whom he wrote. So first he would have written the lady’s opus, then the gentleman’s. If this is true, opus 46 cannot have a dedication to Félicie Mathilde Lyautey, because that would tell the story in reverse (dedication to the gentleman then the lady). The timeline does not work.

Opus 45, Souvenir du Lac des quatre Cantons. Barcarolle pour violoncelle et Piano [Souvenir of the Lake of the Four Cantons. Barcarolle for cello and piano], by Sebastian Lee dedicated to his friend Théodore Delamarre.

What bothers me about all this is that the only female dedication I have for this period is the mysterious Caroline Morin from opus 52. However, of all the male dedications examined on opuses composed and published in the year 1847, none of the men have a “charming fiancée” named Caroline Morin. Or… Or, one of them could have had a “charming fiancée” who could have been Caroline Morin, but the marriage didn’t happen for some reason. Bear in mind that the only information we have are the traces recorded in the Civil Registry. However, as sad as it may seem, without a marriage certificate, no trace remains of an engagement to marry, except perhaps a mysterious dedication which would remain the secret of the two lovebirds and the composer who witnessed this fleeting love. So we must give up trying to unravel the mystery of this unidentified couple. Without the discovery of opus 49 or another clue like a new letter, we remain at a standstill.

All we truly know is that in 1847, which brought the fall of the monarchy in France forever, there was an engaged couple — she was “charming” and he, “inspiring” — and this couple crossed paths with Sebastian Lee, who was witness to their affection. From this meeting came two works composed for them, sealing this romance into the historical record.

One thing still bothers me though. Sebastian Lee concludes his letter by expressing his complete gratitude. From what I was able to see while shuffling through all these 19th century archives, this was not the typical way of closing a letter. The 19th century was rather formal on this point; the style for a complimentary closing statement were particularly deferential. Letters were concluded with phrases such as “your devoted servant”, “your very devoted servant”, or “your very humble servant” or other pseudo-literary ornaments. Besides, in his previous letter to Habeneck, Sebastian Lee concludes as follows: “Please receive, Sir, the assurance of my highest consideration.” This is important, because if we believe Edgar Pich in his article “The letter and the formula”, the final closures of letters in the 19th century are part of the etiquette of closures, and the study of variations in the closures should lead to the discovery of the rules of written etiquette in force at the time. According to Pich, this study [approximate translation] “was to confirm […] the examples provided by the manuals of correspondence, good etiquette, good practices, and good manners of the 19th century and perhaps thus highlight the interesting tensions between explicit rules of conduct, theoretical rules of conduct, and implicit rules of conduct that were actually in use.” [4]

Basically, there were two forms of closure at the time: the commonly used closure which characterizes a person by using the same formulaic language — what Edgar Pich describes as “individual originality” — and the desire to vary the formal language in the closure. He adds that [approximate translation] “Each of the formulas […] “the assurance of my respectful devotion”, “the assurance of my respect and my devotion”, “a thousand cordial and eager civilities”, … is as hollow and dehumanized as its neighbor; the transition from one to the other only reflects the desire to update, to bring communication to life. [There is] No change to the meaning: if there is change, it is because there is a [previous] subject and a [newer,] living subject. But this [newer] subject, living and moving and changing, is the opposite of the unchanging and constant subject that we described previously.” I think that in our case there is a subject. “Please accept the sentiments of my perfect gratitude” is a way of concluding his very specific letter, too specific to be the trite closure of a typical letter of the era. It is not a generic polite expression; it is an expression of gratitude. This creates many other questions: Which is it, polite expression or gratitude? And which of our candidates is the object of these feelings of recognition? Could it be Viscount Jullien de Reviers de Mauny (1818-1898), polytechnician and artilleryman? Could it be Léon Paixhans, the polytechnician, soldier, deputy and inventor? Or Emile Colliau, the photographer? Could it be Ernest Ménard, the politician and novelist? Jean Koechlin, the painter? Or even Théodore Delamarre, the other painter? Or a potential dedicatee of opus 49 or 47?

A 19th century imitation Cluedo, with a scribbled drawings from “your most devoted” [me] who gets lost, once again…

I was hoping for a masterful ending — to be able to reveal to you that it was Colonel Mustard with the candlestick in the library*, but the ambiguity and personal closure of the letter continue to spoil the affair!! Continuing my reading of Pich’s article, he gives the following examples of etiquette rules for letter writing: [approximate translation] “Receive; receive the expression; receive assurance (with the more sophisticated variant: allow me to remind you). Following this verbal phrase comes a noun phrase which designates the “feelings” of the sender of the letter: at the center of this phrase is a noun chosen from the following twenty: homage, respect(s), civilities, feelings, dedication, sympathy, greetings, attachment, salutation, admiration, regrets, compliments, esteem, affection, friendship, consideration, sincerity, friendship, thanks.” but no “recognition”. Mr. Pich, who obviously spent time on his research, offers us twenty nouns and “recognition” is not one of them. Perhaps these two compositions are gifts from our composer.

[*Translators note: “Colonel Mustard with the candlestick in the library” is a reference to a game called “Clue” in which each player is attempting to be the first person to discover who committed the crime, with what object, and in which room of the house.]

And you? What do you think?

Epilogue

While preparing this post, I came across another mystery which piqued my curiosity and which I submit to you, just for fun. Our friend Théodore Delamarre, a painter, created a portrait called “The cellist”. Why was the name of the painting in English? Because the canvas crossed the Atlantic Ocean when it was bought by an American. However, this painting is surrounded by mystery because we do not know who it is. Furthermore, there is an almost illegible inscription in French on the back of the canvas, but unfortunately, the photo is too small and the resolution too poor to have any chance of deciphering it.

In any case, the owner of the painting mentions that the clothing reminds him of an outfit from the 18th century (rather than the 19th century, the era of Théo Delamarre), which I agree with. I would even add that several clues lead us to reduce the period to the reign of Louis XIV (1638-1715), who loved his powdered wigs, candy pink tones, reds and other ribbons, but also because of the red heels on the shoes.

I had already heard this story in which a funny trend was started by Philippe d’Orléans, a royal brother, who returned to the palace one morning with his shoes covered in blood. I had heard that he was a person with dissolute morals and that he had been involved in an assassination. Wikipedia [5] tells a lighter story of a carnival and a slaughterhouse (read here in the “red heels” chapter). Philou was born in 1674, if we assume that he was at least 15 years old when the episode of the bloody heels took place, the timeframe of the painting would therefore be between 1689 to 1723, the year that Regent Philou died.

A word also about the wig which doesn’t look very Louis XIV:  I went to find out when wig fashions went from garnished sauerkraut to long-tailed* albino skunk [*with a braid or ponytail]. It seems to be around 1715 or, according to Barbara Rosillo, Doctor in Art History, “other kinds of wigs, smaller and lighter, are emerging, in line with this new period where comfort prevails over baroque theatricality.”[6] We would therefore be between 1715 and 1723. And what can we say about this instrument, which is so modern? Our man could be Johann Sebastian Bach (1685-1750). Between 1715 and 1723, he would be around thirty years old, so that timeframe fits. The cello was rather brown, which also fits the timeline as earlier cellos were often red-brown, and later ones tended to blonde or brighter red. It’s these the light pink knee breeches that bother me. Bach is always dressed in black in his portraits, so ultimately it is unlikely to be him. The owner of the painting thinks it is a tribute to a musician. Who could be this cellist painted by Théo Delamarre who was a friend of Sebastian Lee? See for yourself:

The cellist, painting by Théodore Delamarre (1824-1889). This work was not presented at the Parisian exhibition halls according to Wikipedia which gives an exhaustive list of paintings exhibited at these events.

The original images and the owner’s description can be found here. Well, from there to imagining that Sebastian Lee served as a model for this painting is only a very small step to take. What if it was him and his instrument?! In 1847, Théo Delamarre was 23 years old and Sebastian Lee 41. One thing that causes doubt on my part is the way in which the instrument is placed on the chair, with all the weight being born by the neck of the cello. It strikes me as unnatural – typically a cello is laid on its edges when not in use. I can’t wait to hear what you think!

Notes

[1] Gollum Syndrome, where a person develops a strong emotional and possessive connection to an object, and may feel anxiety or distress if it is taken away, actually exists but may have a different definition than many are aware of according to the work of Gauthier Steyer “The Gollum Syndrome”, published by Hugo Stern, 2023. [URL https://www.librest.com/livres/le-syndrome-de-gollum–l-emprise-numerique–essai-gauthier-steyer_0-10528288_9782383930518.html ] Accessed online February 2024.

[2] The Hofmeister XIX database offers free online searching of catalogs of music by Friedrich Hofmeister for the period from 1829 to 1900  https://hofmeister.rhul.ac.uk/2008/content/database/search/page-all;jsessionid=node01k9h08riopnlk1l87y5ftgo8du150447 Accessed online February 2024.

[3] Le Mémorial des Pyrénées,9 July 1874 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5237943b/f3.item.r=Meynard.zoom Accessed online March 2024.

[4] Edgar Pich “La lettre et la formule” undated article https://books.openedition.org/pul/840?lang=en Accessed online February 2024.

[5] Wikipedia, article “Us et coutumes à la Cour de Versailleshttps://fr.wikipedia.org/wiki/Us_et_coutumes_%C3%A0_la_cour_de_Versailles Accessed online February 2024.

[6] “La perruque, quand l’Europe se coiffait à la mode de Louis XIV”, Rosillo, Bárbara, published April 8, 2022. https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/epoque-moderne/la-perruque-quand-leurope-se-coiffait-a-la-mode-de-louis-xiv-80891.php Accessed online February 2024.

Toute la lumière sur les bébés Lée

Par Pascale Girard

Dans un article précédent, qui narrait la découverte d’Edouard Lee, fils pianiste et compositeur oublié de Sebastian Lee, j’avais présenté une série de poupons Lée que les archives de l’Etat Civil de la ville de Paris ont consigné entre 1837 et 1868, période à laquelle Sebastian Lee vivait à Paris. Chacun de ces nourrissons étant potentiellement sa descendance, il était important de faire un peu de généalogie pour démêler les lignées familiales. C’est un travail de patience et de recherche ou il ne faut pas compter son temps, mais le jeu en vaut la chandelle car, je ne peux pas me taire plus longtemps, j’ai retrouvé un autre fils. Un petit Gustave, Ernest, Maurice Lée, né le 03 mars 1843 alors que la famille était domiciliée au 64, rue de Clichy. C’est toujours une grande émotion pour moi que de lire sur les précieux actes de naissances les noms de Sebastian Lee et Caroline Luther. Il y a une autre énigme que je n’ai pas encore résolu concernant 2 petites filles appelées Caroline. J’ai 2 actes de naissances: une petite Caroline Lee née le 14 janvier 1838 et une autre du même nom née le 05 avril 1842, toutes 2 à Paris des 2 mêmes parents. Celle de 1842 se mariera avec Caesar Böckmann, il n’y a pas de confusion possible car on a son acte de mariage, établi à Paris le 29 juillet 1865. Celle de 1838, en revanche, disparait des radars… J’ai cherché dans les décès sans succès pour l’instant. On a donc pour le moment une fratrie de 4 rejetons Lée authentifiés: d’abord Edouard en 1835, puis une première Caroline en 1838, une seconde Caroline en 1842 (celle qui se mariera) et enfin le petit Gustave en 1843. Qu’est devenu bébé Gustave? Pour le moment, je ne le sais pas non plus. Aujourd’hui je vous présente les familles Lée qui sont ou non liées à nos protagonistes.

Concernant mes 2 Carolines, ça n’est pas la première fois que je tombe sur plusieurs enfants homonymes dans une même famille. Au début on trouve ça très dérangeant et puis rapidement on s’aperçoit que souvent l’un des 2 n’a pas survécu. Dans le cas qui nous occupe, c’est la Caroline de 1838 qui est probablement décédée très jeune — vraisemblablement avant la naissance de sa sœur homonyme. Pourtant, j’ai épluché les archives de tous les décès entre 1838 et 1842 à Paris, sans succès. J’ai même sondé les entrées de tous les cimetières parisiens au cas ou l’acte de décès n’aurait pas été reconstitué après 1860. Si Caroline de 1838 est décédée, c’est donc ailleurs.

Maurice Lée et Héloïse Gillet

On le sait, Sebastian avait au moins 2 frères: Maurice (1815-1895) et Louis (1821-1896). Je savais que Maurice avait épousé une française, Héloïse Gillet, car ils se sont mariés à Paris et qu’à cette occasion, son prénom est orthographié Moritz, à l’Allemande. Je savais également qu’ils avaient eu 3 filles: Clara (née le 05 mai 1856 à Paris, Caroline (née en 1859) et Mina (née en 1861) et puis un fils, débusqué dans ma chasse aux bébés Lee: Adolphe, François, Maurice Lée né le 17 mars 1858 à Paris. A partir de 1859, plus de naissance sur le sol français. Je retrouve la trace des filles Lee dans un recensement en Angleterre alors qu’elles sont à peine adolescentes et déclarées formées à tenir une maison, ce que j’avais trouvé très décevant. Il semble qu’elles n’aient reçu aucune éducation musicale et qu’aucune n’ait fait carrière. Quant au petit Adolphe, je perds sa trace. En 1871, le Census Britannique nous donne une résidence à Parish Church, London alors que les 3 filles sont en pension au All saints, Kensington (un collège catholique).

Pierre-Victor Lée et Marie Tartaret

Ils ont 2 domiciles connus: d’abord au 14 de la rue d’Aval (aujourd’hui orthographié rue Daval) pour la naissance de François, Léon, Victor, puis au 13, rue des Couronnes à la naissance d’Eugène, Louis. Le père fait l’intéressant métier d’ébéniste. Sont-ils des parents ou bien pas du tout?

Euphrasie Lée, mère célibataire

Voici une histoire toujours touchante et tellement vue en généalogie. C’est celle de la jeune Euphrasie Lée, 25 ans, née à Champsous dans la Sarthe et montée à la capitale pour travailler. Elle est domestique et vient déclarer son petit François de père non-dénommé (ce qui est différent de « père inconnu », on en conviendra). Pas de Champsous trouvé dans la Sarthe, mais un hôpital Beaujon au 208, Faubourg St Honoré ou le petit François a vu le jour. Très certainement aucun lien avec notre Cher Sebastian, mais cette jeune Euphrasie me fait penser à la Félicité d’Un Cœur Simple, l’un des 3 contes de Gustave Flaubert, rédigé dans ces années là (ébauché à partir de 1844 et paru en 1857) et à la condition des femmes au XIXème siècle dont ont parlé Maupassant, Balzac et Flaubert. Telles les filles de Maurice et Sebastian qui n’auront reçu pour seule éducation la tenue d’une maison. Pas de musique ni de carrière internationale pour elles. Pourtant à cette époque des femmes musiciennes s’affirment et gagnent les hautes sphères; parmi elles Jenny Lind dont j’ai parlé récemment et quantité de cantatrices, mais aussi les sœurs Clauss: Fanny (violoniste), Jenny (violoniste), Marie (violoniste et pianiste) et Cécile Clauss (violoncelliste), cette dernière sera victime d’un père infanticide en 1861, assassinée par ce dernier alors qu’elle n’avait que 13 ans et un avenir radieux devant elle. Sebastian Lee jouera d’ailleurs au concert-bénéfice pour la famille organisé à la mi-janvier 1862 dans les Salons Pleyel en compagnie du pianiste Théodore Ritter, du violoniste Charles Dancla ainsi que de nombreux chanteurs. [1]

Germain, Chrysanthème et Marie, Flore Lée

Domiciliés au 23, rue des Fossés St Marcel pour la naissance de Louis, puis au 43, rue Vieille du Temple pour la naissance de Marie. M. Germain, Chrysanthème Lée est limonadier de profession.

Henri Lée et Marguerite Cappel

Domiciliés au 8, passage St Nicolas à la Villette (Seine), on ne leur trouve qu’un fils: Emmanuel, Adam Lée.

William Lée et Silvie, Zénobie Perruche

Encore un cas intéressant d’enfant hors mariage, mais cette fois assumé à 2. Le petite Edgard né le 10 novembre 1858 et ne voit son statut devenir « légitime » que 3 ans plus tard le 25 mai 1861, comme indiqué sur l’acte de naissance (note à la main dans la marge de droite, sans doute assez peu lisible sans agrandissement).

Ainsi s’achève notre histoire des filiations Lée à Paris en ce milieu de XIXème siècle. Je vais continuer de chercher des informations sur mes 2 Carolines, filles de Sebastian Lee nées respectivement en 1838 et 1842, ainsi que Gustave, Ernest, Maurice Lée. Je trouve par ailleurs intéressant que de tous les fils Lée, aucun ne porte le nom de Sebastian, ni même en 2ème ou 3ème prénom. Gustave porte le 2ème prénom d’Ernest (peut-être en hommage à sa grand-mère Ernestine Kayser, la mère de Sebastian) et le 3ème prénom de Maurice, sans doute pour le frère chéri de Sebastian. Quant à Adolphe, François, Maurice Lée, le fils de Maurice, il n’a pas rendu la pareille à son frère. Seul manque l’acte de naissance d’Edouard Lée, qui portait peut-être d’autres prénoms. Les recherches continuent donc! En attendant l’arbre généalogique de Sebastian Lee est consultable ici.

Notes

[1]Le Ménestrel du 19 janvier 1862, p. 63, voir aussi « Revue et Gazette musicale de Paris » 1862, p. 22

1837 : Sebastian Lee et Joseph Gusikow, 2 stars de la musique à Paris

English

Par Pascale Girard

Aujourd’hui je souhaite partager avec vous un précieux trésor de chasse. C’est une petite rareté dénichée à la BnF et que je conserve jalousement. Parfois, je le concède, ma passion pour Sebastian Lee me conduit à développer ce que je qualifierais de syndrome Gollum, ce personnage du Seigneur des Anneaux obnubilé par sa précieuse bagouze à laquelle il voue un culte exclusif. Il faut donc garder à l’esprit que les fruits de ces recherches sont fait pour être partagés. Aussi, je vous propose de lire ensemble une lettre de Sebastian Lee à laquelle je donnerai quelques explications de texte et contexte. La voici:

Voici le concert auquel Sebastian Lee fait allusion dans son courrier

Extrait de la Gazette et revue musicale N°2 du dimanche 8 janvier 1837

C’est le 2ème concert prévu à Paris avec Gusikow. Un premier concert ayant déjà été donné salle Pleyel quelques semaines auparavant mais avec d’autres musiciens, dont Sebastian Lee. La critique en avait rapporté un sentiment très positif: « M. Gusikow a donné sa soirée musicale mardi dernier, dans les salons de M. Pleyel. Il y avait beaucoup de monde. MM. [Friedrich] Kalkbrenner, [Sebastian] Lee, mademoiselle [Dolores] Nau ; M. [Prosper] Derivis et [François] Wartel étaient chargés de compléter le programme ; et ils se sont acquittés de cette tâche en artistes habiles, comme toujours. La douce voix de mademoiselle Nau, la manière dont M. Kalkbrenner a exécuté une Pensée de Bellini, fantaisie brillante pour piano, ont excité de vifs applaudissements, et MM. Derivis et Wartel, dans un duo intitulé « l’Homme à la Jaquette » (excellent morceau plein de couleur et de verve de M. [Louis] Clapisson), se sont montrés chanteurs plein de feu, et comiques de très bon goût. Pour le bénéficiaire, il a justifié de sa réputation, et c’est beaucoup dire. Les difficultés qu’il exécute sur son instrument sont vraiment prodigieuses, et on regrette à l’entendre que sa patience ne soit pas exercée sur un sujet moins ingrat. On le regrette d’autant plus que le sentiment musical de M. Gusikow parait être fort bon ; ses traits sont toujours d’une élégance remarquable, ses mélodies phrasées avec goût et pureté, et l’on ne saurait imaginer que des nuances de forte et de piano aussi prononcées puissent être obtenues à l’aide de petits bâtons pourvus d’une sonorité très faible et quelque fois assez équivoque. C’est une piquante curiosité musicale. » [article non-signé]

La salle de concert Pleyel; d’après le journal l’Illustration du 9 juin 1855, p365

Le 2ème concert Gusikow et Lee, tel que nommé dans la presse, doit se dérouler cette fois à la salle du 19 bis de la rue Chantereine, théâtre qui n’existe malheureusement plus. Quand on cherche à savoir quel était ce lieu, il est difficile d’avoir des certitudes. Il a bien existé un théâtre dans l’ancienne rue Chantereine de Paris, le théâtre Olympique mais il fût détruit en 1816 pour être remplacé par les Bains-Chantereine situés au N°15 de la rue. La rue Chantereine comptait également un hôtel particulier fort intéressant, celui de Joséphine de Beauharnais, l’impératrice.

On ne sait, hélas, pas à quel numéro cet hôtel particulier se situait. Le site Paris-Pittoresque établit un inventaire assez exhaustif des habitants de la rue Chantereine ainsi que de l’Histoire des différents bâtiments de cette rue. Il y est question d’un théâtre, mais au mauvais numéro: « Le petit théâtre Chantereine, qui a été bâti plus tard par Gromaire, machiniste de l’Opéra, occupait une aile de bâtiment, n°47 : des amateurs y ont donné des représentations particulières, et un certain nombre d’élèves s’y sont formés pour la scène. La salle n’a quitté la place que depuis la révolution de 1848. » [2]

Qui est François-Antoine Habeneck?

Le destinataire de ce courrier est le chef d’orchestre du Grand Opéra de Paris en 1837. D’abord violoniste à l’Opéra, Habeneck devient adjoint du chef d’orchestre, Rodolphe Kreutzer, en 1817, puis remplace Viotti comme directeur administratif le 1er décembre 1821. Le 6 février 1822, il inaugure l’Opéra de la rue le Peletier, avec Aladin ou la Lampe merveilleuse de Nicolo et Angelo Maria Benincori. Avec la venue de Rossini à Paris en 1823, il quitte son poste d’administrateur. En 1824, il devient chef d’orchestre de l’Opéra, poste qu’il occupe en compagnie de Henri Valentino. En 1831, il en est le seul chef d’orchestre jusqu’à sa retraite en 1848.

Chef d’orchestre, compositeur et violoniste, le français François-Antoine Habeneck (1781-1849) par Lange. P. C. Van Geel, Paris. Source: BnF

Mais alors, que faisait donc Sebastian Lee au début de l’année 1837 s’il n’était pas encore à l’Opéra de Paris? C’est un article de presse annonçant le premier concert salle Pleyel quelques semaines plus tôt qui m’a donné la réponse 🙂

Gazette et revue musicale N°52 du Dimanche 25 décembre 1836:

*** Voici le programme du concert que donnera M. Gusikow le mardi 27 décembre 1836, à huit heures su soir, dans les salons de M. Pleyel, 9 rue Cadet. Première partie : 1. Trio du Maître de Chapelle, de Paer, chanté par mademoiselle Nau, MM. Dérivis et Wartel ; 2. Grand concerto sur un thème du Barbier de Séville, composé et exécuté par M. Gusikow, sur l’instrument de son invention ; 3. Romance chantée par mademoiselle Nau, avec accompagnement de hautbois exécuté par M. Brod ; 4. Solo de violoncelle, composé et exécuté par M. Lee, premier violoncelle du grand théâtre de Hambourg ; 5. Ronde des Arquebusiers, de M. Clapisson, chantée par MM. Dérivis et Wartel. — Deuxième partie : 6. Variations de Mayseder, exécutées par M. Gusikow ; 7. Le guet et l’Homme à la Jaquette, de M. Clapisson, chantés par MM. Dérivis et Wartel ; 8. La dernière pensée de Bellini, fantaisie pour le piano, composée et exécutée par M. kalkbrenner ; 9. Air de Bellini chanté par mademiselle Nau ; 10. Grand pot-pourri composé et exécuté par M. Gusikow ; Romances et chansonnettes chantées par MM. Plantade et Chaudesaigues. Le piano sera tenu par M. Potier. Prix du billet : 8 francs. On trouve des billets chez Maurice Schlesinger, 97, rue Richelieu et chez M. Pleyel, 9, rue Cadet.

Ce grand théâtre de Hambourg dont il est question est très probablement le Stadtoper. Premier théâtre en pierre pour remplacer la structure en bois dell ‘Oper am Gänsemarkt [littéralement l’opéra du marché aux oies], fait intéressant, ce n’était pas un théâtre de Cour, comme ceux des autres villes. Tout le monde pouvait y acheter un billet. Le nouveau théâtre a ouvert le 18 mai 1826 sous le nom de Stadttheater [Théâtre de la ville]. Il était situé sur le site actuel de l’Opéra de Hambourg [Stadtoper] et avait 2.800 sièges. On a représenté Egmont, l’opus 84 de Ludwig van Beethoven pour son inauguration, à laquelle le jeune Sebastian Lee de 20 ans a peut-être participé [1]. Pourquoi souhaite-t-il rejoindre le Grand Opéra de Paris fin 1836? Il est récemment marié et a déjà son fils Edouard, un bébé de 1 ans. La place de premier violoncelle dans ce prestigieux théâtre n’est-elle pas suffisamment stable? Pour l’heure, on ne connait pas les motivations de Sebastian Lee qui lui font risquer une place de choix et surtout l’obligent à quitter sa ville natale pour tenter l’aventure à l’étranger avec femme et enfant. Par ailleurs, quand j’ai contacté le Stadtoper de Hambourg, on m’a annoncé que l’établissement avait été bombardé en 1943 et que la quasi-totalité des archives du théâtre avaient été perdues. Le peu qui a subsisté est aux archives d’Etat dont je n’ai encore rien pu tirer (mais j’y travaille!)

Le Stadttheater de Hambourg en 1845. Fonds de la collection du théâtre de Hambourg.

Pour ce qui est du concert du 19 janvier 1837 auquel ce Cher Sebastian convie le chef d’orchestre du Grand Opéra de Paris, il s’agit d’un événement très spécial qui a fait couler beaucoup d’encre dans la presse car la venue de Joseph Gusikow, musicien autodidacte au talent exceptionnel, a remué le tout-Paris de l’époque. Voici le portrait que fait le chroniqueur Georges Kastner qui a assisté à l’un de ses concerts.

« Paris possède en ce moment une de ses rares organisations d’élite qui se révèle de loin en loin comme un brillant météore. Cet homme extraordinaire que la Russie et l’Autriche ont poursuivi de leurs applaudissements, nous pouvons aujourd’hui l’entendre et l’admirer à notre tour. On ne lira pas sans intérêt, sur l’artiste et son instrument, quelques détails dont nous pouvons garantir l’authenticité, les ayant recueillis de sa propre bouche.

Joseph Gusikow naquit en 1809 de paren[t]s Israëlistes, à Slow, dans la Pologne russe. Le père de Joseph était un pauvre joueur de flûte qui gagnait sa vie en faisant de la musique dans les noces, dans les festins et autres occasions de ce genre : c’était un homme religieux et fidèle à sa foi ; aussi Joseph fut-il élevé dans des sentiments de croyance, d’amour et de respect du Dieu de ses ancêtres. Il apprit la flûte dans la maison paternelle, et fit sur cet instrument des progrès rapides, grâce à son intelligence et à ses dispositions naturelles ; car à cette époque il ne connaissait pas encore une seule note, et tout son répertoire se bornait à quelques mélodies nationales, hébraïques, russes et polonaises, qu’il retenait et jouait par cœur. (Observons en passant que la plupart de ces vieux airs sont dans le mode mineur.) Joseph se maria à l’âge de dix-neuf ans comme c’est la coutume du pays, et plusieurs années de sa vie s’écoulèrent dans une paisible uniformité, occupé qu’il était à soigner l’intérieur de son ménage et à soulager sa famille dont la position n’était rien moins que fortunée. Ses plus grandes distractions à cette époque furent quelques voyages qu’il eut occasion de faire à Moscou avec son père et ses frères. Cette existence calme et paisible dura jusqu’en 1831, où Joseph fit une maladie de poitrine qui le força à quitter son métier de flûtiste. Bientôt se firent sentir les premières atteintes du besoin ; bientôt furent épuisées les ressources du pauvre artiste, et l’affreuse misère allait envahir sa nombreuse famille, lorsque la providence lui offrit un secours inespéré. De temps immémoriaux il existe chez les Russes, les Cosaques, les tartares, les Polonais, les Lithuaniens, et surtout dans les monts Karpathes et les solitudes de l’[O]Ural, un instrument rustique et grossier nommé Jerova i Salamo. Je ne serais pas éloigné de croire que cet instrument remonte aux siècles les plus reculés, et qu’il a été transmis par les Hébreux à ces différents peuples ; son nom du reste semble lui assigner une pareille origine. Tout informe qu’il est, le Jerova i Salamo suffit aux besoins et aux jouissances des pauvres montagnards, et il tient parmi eux le même rang que la cornemuse dans d’autres pays : il n’est fêtes ni réjouissances dont il ne soit l’accessoire et le compagnon obligé. Déjà dès son enfance, Joseph Gusikow avait acquis une certaine force sur cet instrument ; laissons-le parler lui-même : « Le timbre, dit-il, ne m’en était pas désagréable ; je lui trouvais même un certain charme à cause de sa douceur ; car tout ce qui est bruyant m’irrite et me fait mal : toutefois, l’instrument était si défectueux et présentait si peu de ressources, que je le négligeai un peu, jusqu’à ce que le sort en ordonnât autrement. » ce fut donc seulement vers l’année 1832, que Gusikow obligé d’abandonner la flûte se mit à travailler de toutes ses forces cette sorte d’harmonica de bois et de paille. Les défaut mêmes de l’instrument l’encouragèrent à l’améliorer et le perfectionner : il commença par augmenter le nombre des touches et ainsi l’étendue du clavier ; puis, il amincit l’extrémité des bâtonnets, les disposa d’après un certain ordre, les lia ensemble, en un mot compléta l’instrument et l’amena insensiblement à sa forme actuelle, la plus avantageuse possible. A force de travail, il arriva à un tel degré de perfection, que sa renommée franchit le cercle rétréci de ses amis et de ses paren[t]s. Il alla d’abord à Moscou, et il fut accueilli avec un tel enthousiasme, qu’il se détermina à tenter quelques excursions plus lointaines. A Kiev, il rencontra [Karol] Lipinski, qui l’encouragea et parvint à triompher de sa méfiance et de sa modestie. Enfin à Odessa, ou il rencontra MM. Lamartine et Michaud, les sollicitations du comte Warnzow l’engagèrent à entreprendre un long voyage à travers l’Europe. A Vienne, à Leipzig, à Berlin et dans vingt autres villes d’Allemagne, son succès fut le même, c’est-à-dire colossal ; et les souverains de toutes les contrées qu’il traversa rendirent hommage à ce merveilleux talent ; enfin l’artiste vient d’attacher un dernier fleuron à sa couronne, la consécration de Paris. Abstraction faite de son art, Joseph Gusikow offre aux psychologistes une étude intéressante ; lorsque la foule est assemblée, inquiète et attentive, il parait le Juif polonais avec sa longue barbe et sa pâle figure ; son regard exprime la mélancolie et il y a sur tous ses traits une teinte de douleur et de tristesse. A l’aspect de cet homme étrange, on se reporte malgré soi à ces temps dont parle l’Ecriture, ou ses ancêtres captifs suspendaient leurs harpes aux saules de Babylone. Gusikow est entouré de quatre compatriotes, dont l’un (son frère ainé) l’accompagne sur le violon. On apporte une table avec des flambeaux ; on pose sur cette table quelques petits paquets de bois et de paille. Là-dessus grands éclats de rire ; que veut-on produire avec ce misérable appareil, de la mélodie ? de l’harmonie ? Impossible. Un moment de patience ; ces touches si froides, si insensibles, vous allez les voir s’animer, pleurer, chanter devant vous : voici l’homme qui va réaliser ce prodige ; Vous écoutez d’abord avec défiance, et les sons de l’instrument vous semblent assez maigres et peu flatteurs ; mais peu à peu votre oreille s’habitue à cet accent tendre et plaintif, vous ne pouvez vous en détacher, vous êtes subjugué à votre insu, vous cédez à une force surnaturelle. Et l’artiste, voyez comme son regard est flamboyant, comme son teint si pâle s’est coloré. Comme sa physionomie exprime les souffrances de son âme, comme sa tête est noble, comme tout son corps semble grandir. C’est un entrainement sans exemple : vous ne songez pas à analyser vos sensations, vous ne vous demandez pas si c’est là de la musique ; vous applaudissez, vous criez bravo de toutes vos forces, mais sans le vouloir, car c’est une expression spontanée, instinctive d’étonnement et d’admiration. Voulez-vous avoir une idée de ce clavier magique qui vous ravit en extase ! nous l’avons vu de près, le voici.

Cinq coussinets de paille qu’on place sur une table à intervalles presque égaux ; puis, sur ces coussinets, une foule de petits bâtons de sapin enfilés comme un chapelet et offrant, sur une triple rangée parallèle, la figure d’un carré de dix-huit pouces environ. Les bâtonnets, au nombre de vingt-huit, ressemblent assez à autant de cylindres coupés par moitié et amincis aux extrémités en becs de flageolets ; il y en a de toutes les grandeurs, depuis un pied [environ 30cm] jusqu’à quatre pouces [environ 10cm], ce qui donne près de deux octaves et demie (chromatiquement). L’instrument se touche au moyen de deux baguettes en bois dur que l’artiste tient entre l’index et le doigt du milieu. On essaierait en vain d’exprimer la merveilleuse facilité avec laquelle Gusikow fait vibrer ce clavier extraordinaire ; on a peine à suivre ses mains dans leur course rapide : les forte, les piano, les trilles, toutes les nuances, toutes les inflexions de la pensée humaine, il les rend avec une précision et un sentiment exquis. Chant léger et gracieux, variations, mélodies large, toute musique lui est bonne ; mais il faut surtout l’entendre lorsqu’il dit un de ces airs nationaux si chers aux enfan[t]s de la malheureuse Pologne, et qui font venir les larmes aux yeux, tant ils respirent de mélancolie et de tristesse. Le son de l’instrument se prête tout-à-fait à l’expression d’un sentiment tendre et douloureux ; c’est un timbre métallique, tenant de la cloche et du verre, mais avec beaucoup plus de douceur et moins d’éclat : on ne saurait rien imaginer de plus étrange, de plus incisif, de plus pénétrant. Joseph Gusikow dépense sa vie à pleine mains pour animer son œuvre : chaque son qui vibre arrache une heure de sa frêle et nerveuse existence ; il trouve, il est vrai, sa récompense dans la conscience de son talent et dans ce noble orgueil, sans lequel il n’y a pas de grands artistes. Ne croyez pas pourtant que l’ambition soit son seul rêve dans ce monde ; non, au milieu des enivrements des bravos et de l’or, son regard se tourne vers sa patrie ; il songe à sa femme, à ses enfants, qui attendent et souhaitent son retour.

Cet artiste remarquable donnera mardi prochain, 27 décembre [1836], un concert auquel s’empressera d’assister, nous ne pouvons en douter, l’élite de la société parisienne.« 

Joseph Gusikow
Joseph Gusikow. Lithographie par Josef Kriehuber, date inconnue

Connaissant la fin de cette histoire, j’ai été frappée par les paroles prophétiques de Georges Kastner qui dit que Joseph Gusikow dépense sa vie à pleines mains pour animer son œuvre et que chaque son qui vibre arrache une heure de sa frêle et nerveuse existence. Le pauvre homme aura une fin tragique, dont l’une des causes nous est rapportée dans un article de presse daté du 25 juin 1837, soit 6 mois seulement après le concert donné avec Sebastian Lee salle Chantereine.

« On se rappelle l’intéressant Gusikow, qui exécutait de si étonnantes difficultés sur un instrument de son invention, qu’il avait appelé Holtz und Stroh, parce qu’il n’était composé que de bois et de paille. Cet ingénieux artiste vient d’éprouver une perte cruelle, celle de son instrument, qui lui a été dérobé à Bruxelles. On cite comme coupable de ce vol un professeur allemand, nommé Rosenstein, qui aurait emporté en Amérique les harmonieux tuyaux, pour y faire fortune en donnant des concerts. L’intérêt de tous les amis de l’art musical ne peut manquer de se signaler en faveur du pauvre Gusikow« .

Tuberculeux, Joseph Gusikow décèdera peu après, le 21 octobre 1837, soit à peine 4 mois plus tard. Sa grande tournée l’avait déjà sans doute affaibli et la perte de son instrument lui a porté un coup fatal dont il ne se remettra hélas pas. Il a été une comète musicale qui a fait sensation « ce qu’il y a de plus proche d’un phénomène viral sur internet » pour citer le blogger Hope Street Marimba et son excellent article sur Joseph Gusikow, que je recommande pour aller plus loin. Citons également Felix Mendelssohn qui rapporte [à ses sœurs que Joseph Gusikow est] un vrai phénomène, un gaillard qui se pose, en expression et en agilité, comme l’égal des plus grands virtuoses du monde, et qui, sur son instrument de paille et de bois, lui a fait plus de plaisir que bien des pianistes.[3]

Mais revenons au concert du 17 janvier salle Chantereine et voyons comment la critique a reçu la performance. Voici la chronique de Carlo Pépoli qui a assisté au concert et nous livre ses impressions.

« Un auditoire assez nombreux était réuni pour applaudir l’exécution de Gusikow, ce grand artiste. Quoi qu’il ne sache pas lire les notes, Gusikow a enchanté par le goût, le fini, la grâce, l’expression la plus sensible et une vitesse incroyable d’exécution dans les difficultés mécaniques. Ses qualités le placent au rang le plus élevé des artistes exécutants ; nous regrettons toutefois qu’il soit si mal accompagné, et nous lui conseillons de choisir mieux son quatuor. Le programme de ce concert était assez varié. Outre M. Lee, dont le talent délicat, pur et gracieux a été généralement reconnu, nous avons entendu un violon et un pianiste de Berlin, MM. [Chrétien] Urhan, Huner, et des chanteurs alsaciens, dont le chant doux et expressif nous a rappelé les chanteurs tyroliens que nous avons entendus à Paris il y a deux ans. » [4]

Quelle déception cela a dû être de lire cette critique car même si Carlo Pépoli loue la performance de Sebastian Lee, comme de Joseph Gusikow, cette phrase assassine qui regrette toutefois qu’il soit mal accompagné et de mieux choisir son quatuor n’a pas dû être une bonne surprise. Le cas du violoniste Chrétien Urhan mériterait d’être étudié de plus près pour se faire une idée de ce que Pépoli critique. Ernest Legouvé le qualifie de « virtuose de second ordre. On comptait à Paris dix violons plus habiles que lui« .[5] Pourquoi donc Chrétien Urhan, dont je recommande la lecture du portrait complet ici, a-t-il été choisi pour accompagner Joseph Gusikow et Sebastian Lee? Parce-qu’en dépit de son jeu, à partir de 1836, il devient le Premier Violon solo du Grand opéra de Paris. Tout nous y ramène.

Heureusement pour Sebastian Lee, à peine 2 mois plus tôt, le dimanche 3 décembre, il est au Théâtre Italien ou il fait ce qu’on appellerait aujourd’hui un showcase, c’est-à-dire une démonstration de son talent à l’auditoire français. [6]

Est-il en mission pour se placer à l’Opéra de Paris? Si oui, il a certainement quelques appuis du réseau allemand. Peut-être le vieux Bernhard Romberg (1767-1841) qui a été prof au conservatoire de Paris jusqu’en 1831. Après tout, il était le Maitre de Nicolas Prell, qui a enseigné à Sebastian Lee à Hambourg.

A voir les morceaux de concours au Conservatoire de Paris, Bernhard Romberg, même à la retraite, reste un influenceur de premier choix puisque ce sont ses œuvres qui sont choisies pour sélectionner les élèves cette année là, comme tant d’autres années. [7]

Il est très probable que Romberg ait fait jouer ses contacts, comme celui de Louis Norblin, son collègue au conservatoire pendant 5 ans [7] et qui a été violoncelliste au Théâtre Italien avant de devenir soliste du Grand Opéra de Paris jusqu’en 1841. Louis Norblin, le Professeur du Conservatoire, à qui Sebastian Lee dédiera d’ailleurs son opus 31, sorti vers 1844.

Là ou, pour ma part, le mystère s’épaissit, c’est qu’en 1836, Sebastian Lee a (déjà) 30 ans. Plusieurs choses me frappent à cet égard. La première, c’est que la Scène suisse qu’il exécute au Théâtre Italien à l’entracte le 3 décembre 1836 sera son 4ème opus publié et numéroté. Il paraitra en avril de la même année chez l’éditeur Maurice Schlesinger [8] Il est d’ailleurs très bien reçu par la critique suite à sa performance au Théâtre Italien. Georges Kastner écrit l’article suivant en avril de la même année. [9]

« Revue critique

Scène suisse, divertissement pour le violoncelle avec accompagnement de piano – Souvenir de Paris, introduction et rondo pour le violoncelle avec accompagnement de piano. Grande fantaisie pour le violoncelle avec accompagnement de piano sur les motifs de Robert-le-Diable, par S. Lee.

Le thème principal de la Scène suisse ne manque pas d’une certaine originalité ; en général, le système dans lequel est conçu ce morceau se distingue par une simplicité exempte de recherches et d’affectation aussi bien dans l’harmonie et la facture de l’accompagnement que dans le dessin de la mélodie. La troisième variation en octave est d’un bon effet. La cinquième commence en doubles cordes, elle est d’une exécution assez difficile, puis revient le premier thème en écho ; c’est une idée à la fois pittoresque et bien appropriée au sujet. Dans la sixième variation, le motif disparait ; s’éteint peu à peu sous une foule de figures savamment travaillées, et qui amènent une terminaison brillante. Quant au piano, il n’y a rien à en dire, ce n’est qu’un accompagnement tout à fait subordonné à la partie de violoncelle.

Le second morceau nous parait avoir plus de fond que le premier ; cela dépend sans doute du caractère assez grave de la composition ; quoi qu’il en soit, les idées sont ici mieux posées et plus habilement conduites, il y a plus de liaisons dans l’ensemble et de soin dans les détails. L’introduction s’annonce par une excellente marche d’harmonie. Le morceau est écrit en sol mais vers le milieu de la seconde partie il module en mi bémol pour un beau chant de violoncelle pendant lequel le thème se reproduit à l’accompagnement sous mille formes variées ; ce passage est digne d’éloges et fait le plus grand honneur au talent de M. Lée. La partie de piano est correcte et satisfaisante. » [9]

Et comme Sebastian ne lâche rien, on le retrouve au concert de Frantz Liszt et Hector Berlioz à la mi-décembre 1836 ou il sera sobrement qualifié par la critique de «  talent correct, et élégant sur le violoncelle. » [10] Fin 1836, il a rencontré et participé aux événements musicaux les plus importants et les mieux couverts par la presse du tout-Paris musical.

Pourtant, cela fait probablement déjà 10 à 15 ans que Sebastian Lee est un musicien accompli, qu’il gagne sa vie grâce à son art, qu’il se produit sur les scènes de toute l’Allemagne et au moins une fois également à Londres. Pourtant, il n’aurait écrit que 3 opus jusqu’à présent? Je trouve cela très étrange et vraiment différent des années parisiennes (1837-1868) ou il produira entre 3 et 5 opus par an.

Mon 2ème point de surprise est que pour un jeune homme de la 1ère moitié du XIXème siècle, il se marie fort tard. D’ailleurs Caroline Luther, devenue sa femme à 28 ans, est déjà veuve d’un premier mariage. A t-elle déjà des enfants? Qui sont-ils? Il serait très surprenant qu’elle n’en ait pas eu de ce premier mariage. Il y a aussi les 2 frères Lee, si jeunes par rapport à Sebastian. En 1836, Mauritz Lee a 17 ans, quant à Louis, il en a 15. Fait intéressant, Mauritz épousera une française, Héloïse Gillet, dont le mariage sera célébré le 30 novembre 1852 à Paris. Je ne crois pas que Sebastian ait ses frères à charge puisque Louis reste à Hambourg et qu’il fera carrière là-bas. D’ailleurs, il semble y avoir une méprise entre Louis Lee qui a 15 ans en 1837 et son grand frère Sebastian qui en a 30. Ce sont bien les opus de Sebastian et non de Louis qui sont cités dans l’encart ci-dessous. L’opus 4 de Louis Lee est une sonate pour violon et piano mais la confusion est très étrange.

Louis et Maurice viendront également en France et y passeront du temps, quand? On ne le sait pas encore. Et que s’est-il passé dans la vie de Sebastian Lee entre 1820 et 1836, date à laquelle il est mentionné pour la première fois dans la presse musicale française grâce à ses concerts avec Joseph Gusikow; on n’en sait rien non plus. En tout cas, ce courrier à Habeneck nous dit que les intentions de Sebastian Lee sont bien de se placer au Grand Opéra de Paris en 1836. De cela, nous sommes à peu près sûrs.

Notes

[1] Histoire de l’opéra de Hambourg https://boowiki.info/art/theatres-hambourg/opera-de-hambourg.html

[2] https://www.paris-pittoresque.com/rues/158.htm

[3] le Ménestrel du 29 décembre 1867 https://archive.org/stream/lemnestrel35pari/lemnestrel35pari_djvu.txt

[4] Gazette et revue musicale du 22 janvier 1837

[5] Ernest Legouvé Soixante ans de souvenirs. J. Hetzel, Paris 1887, (II), p. 117-123

[6] Gazette et revue musicale du dimanche 4 décembre 1836

[7] Archives du Conservatoire de Paris p91 à 93 ia804700.us.archive.org/28/items/leconservatoiren02pier/leconservatoiren02pier.pdf

[8] Gazette et revue musicale du dimanche 16 avril 1837. Catalogue publié chez Maurice Schlesinger p135

[9] Extrait de la Gazette et revue musicale du dimanche 30 avril 1837

[10]Gazette et revue musicale du 25 décembre 1836

1837: Sebastian Lee and Joseph Gusikow, 2 musical stars in Paris

Written by Pascale Girard

Today I would like to share with you a precious hunting treasure. It’s a small rarity unearthed at the BnF and which I jealously guard. Sometimes, I admit, my passion for Sebastian Lee leads me to develop what I would call Gollum syndrome, this character from The Lord of the Rings obsessed with his precious bagouze to which he devotes an exclusive cult. It is therefore necessary to keep in mind that the fruits of this research are made to be shared. Therefore, I suggest that we read together a letter from Sebastian Lee to which I will give some explanations of text and context. Here it is:

M. Habeneck

Rue de la Chaussée d’Antin, 28

Paris

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien honorer de votre présence le concert que je dois donner le mardi 17 janvier à 9 heure du soir dans la salle Chantereine, 19 bis avec M. Gasikow

Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

S.Lee

Sir,

I have the honor of asking you to honor with your presence the concert that I am to give on Tuesday, January 17 at 9 p.m. in the Chantereine hall, 19 bis with Mr. Gasikow.

Please accept, Sir, the assurance of my highest consideration.

S.Lee

This is the concert Sebastian Lee refers to in his email

Extract from the Gazette and Musical Review No. 2 of Sunday, January 8, 1837

***Mardi 17 janvier, aura lieu dans la salle Chantereine N°19bis, un grand concert donné par MM Gusikov et Lée; on entendra MM Urhan, Zimmermann, Block, Huner, Ledwig, Lentz, Wein, Ehrard, et Mlle d’Hennin. Nous donnerons prochainement le programme détaillé.

***On Tuesday, January 17, a major concert will take place in the Chantereine Hall No. 19bis, given by Messrs. Gusikov and Lée; we will hear Messrs. Urhan, Zimmermann, Block, Huner, Ledwig, Lentz, Wein, Ehrard, and Mlle d’Hennin. We will announce the detailed program soon.

This is the second concert planned in Paris with Gusikow. A first concert had already been given at the Salle Pleyel a few weeks earlier, but with other musicians, including Sebastian Lee. The critics reported very positive feelings: « Mr. Gusikow gave his musical evening last Tuesday in the salons of Mr. Pleyel. There were many people. Messrs. [Friedrich] Kalkbrenner, [Sebastian] Lee, Mademoiselle [Dolores] Nau; Mr. [Prosper] Derivis and [François] Wartel were responsible for completing the program; and they acquitted themselves of this task like skillful artists, as always. The sweet voice of Mademoiselle Nau, the manner in which Mr. Kalkbrenner performed a Pensée by Bellini, a brilliant fantasy for piano, excited lively applause, and Messrs. Derivis and Wartel, in a duet entitled « The Man with the Jacket » (an excellent piece full of color and verve by Mr. [Louis] Clapisson),have shown themselves to be singers full of fire, and comedians of very good taste. For the beneficiary, he has justified his reputation, and that is saying a lot. The difficulties he performs on his instrument are truly prodigious, and one regrets, hearing him, that his patience is not exercised on a less thankless subject. One regrets this all the more since Mr. Gusikow’s musical feeling seems to be very good; his traits are always of remarkable elegance, his melodies phrased with taste and purity, and one could not imagine that such pronounced nuances of forte and piano could be obtained with the help of small sticks with a very weak and sometimes rather ambiguous sonority. It is a piquant musical curiosity. » [unsigned article]

The Pleyel concert hall; according to the newspaper l’Illustration of June 9, 1855, p365

The second Gusikow and Lee concert, as mentioned in the press, is to take place this time at the hall at 19 bis rue Chantereine, a theater that unfortunately no longer exists. When trying to find out what this venue was, it is difficult to be certain. There was indeed a theater in the old rue Chantereine in Paris, the Théâtre Olympique, but it was destroyed in 1816 to be replaced by the Bains-Chantereine located at number 15 of the street. Rue Chantereine also had a very interesting private mansion, that of Joséphine de Beauharnais, the Empress.

The Bonaparte Hotel on rue Chantereine (now rue des Victoires), by G.de Reseit, Foundation Napoléon/François Doury

10 ans d’opéra: la rétrospective d’Edouard Fétis

Par Pascale Girard

Comme je passe mon temps à fureter dans les archives des grandes publications musicales de l’époque, entre autres choses, j’ai l’occasion de passer en revue différents articles du Ménestrel, de l’Illustration et de l’iconique Gazette et Revue Musicale de Paris créée par François-Joseph Fétis, dit « le père », le différenciant de son rejeton Edouard, dit « le fils », qui chroniquait également dans le magazine familial. Voici donc l’article de sa série rétrospective « revue d’un demi-siècle » retranscrit mot pour mot, comme publié dans le N°42 du 20 octobre 1850 et qui retrace les 10 dernières années au Grand Opéra de Paris. Sa revue d’un demi siècle fera l’objet d’autres transcriptions futures dans ce blog, mais nous commençons par ce texte qui décrit au mieux l’environnement dans lequel Sebastian Lee évoluait dans son quotidien musical au Grand Opéra de Paris.

Revue d’un demi-siècle d’opéra (1)

L’opéra de 1840 à 1850

Ifn (2)

Carmagnola – Traduction du Freischütz – La partition de Gisèle _ La reine de Chypre – le guérillero – le vaisseau fantôme de M.Dietsch – Charles VI – Don Sébastien – reprise d’Œdipe de Sacchini – le Lazzarone – M.Niedermeyer et sa Marie Stuart – Richard en Palestine – Othello pour Mme Stoltz – L’Etoile de Séville de M.Baife – Le roi David de M.Mermet – Robert Bruce à défaut d’un nouvel opéra de Rossigni – Retraite de Mme Stoltz – détresse lyrique de 1848 – L’Opéra près de sa ruine – Le Prophète le sauve.

Encore 10 années et nous aurons terminé notre examen rétrospectif en ce qui concerne le premier théâtre lyrique de France. Nous serons bref; plus nous avançons, moins les considérations étendues sont nécessaires ; tout ce qui nous reste à dire, la génération actuelle le sait ou du moins elle l’a su, et notre seul office sera de lui remettre en mémoire. Nous n’avons d’autres prétentions que celles de dresser un inventaire indispensable pour compléter une esquisse faite à grands traits.

Un nom nouveau ouvre la période qu’il nous reste à parcourir ; c’est celui de M. Ambroise Thomas. Il n’y a rien d’étonnant à ce que le jeune maestro, qui avait fixé, sur un premier essai, sur un seul petit acte, l’attention des artistes et des connaisseurs, ait désiré s’élever jusqu’aux proportions les plus larges de la musique théâtrale. Si l’on veut nous passer un innocent jeu de mots, nous dirons que La Double échelle devrait tout naturellement servir à M. Ambroise Thomas pour gravir la distance qui sépare l’Opéra-Comique du grand Opéra. Le jeune artiste fut modeste d’ailleurs ; il se contenta de deux actes, sans pompe de mise en scène. Carmagnola ne répondit pas tout à fait à l’espoir de ses amis. On remarquait dans cette partition quelques morceaux agréables, mais l’ensemble manquait d’originalité. Il est vrai que M.[Eugène] Scribe, si habile et si heureux d’ordinaire, ne lui avait confié qu’un poème assez décoloré.

Le directeur de l’opéra est un des hommes de France qui ont le moins de loisirs. Rarement il lui est donné de pouvoir, non pas dormir, mais sommeiller sur les lauriers cueillis par les compositeurs et par les chanteurs attelés au char qu’il dirige. A peine a-t-il obtenu un succès qu’il doit rêver à un succès nouveau, car il en faut beaucoup pour alimenter cet espèce de tonneau des Danaïdes qu’on appelle la Caisse de l’Opéra. Des ouvrages importants se préparaient ; mais on était encore loin du jour ou l’espoir d’en faire un moyen de fortune deviendrait une réalité. Le Directeur pour laisser murir en paix la pensée des auteurs dont la verve s’échauffait à son intention, résolut d’ouvrir, par exception, les portes du théâtre national à un chef d’œuvre étranger, au Freischütz, pour lequel M.[Hector] Berlioz composa les récitatifs qui manquaient à la partition de [Karl] Weber. Ce travail, difficile pour M.Berlioz eut été impossible pour tout autre. Nul n’avait mieux pénétré l’esprit de l’école allemande, et n’était plus capable de rattacher, par des transitions bien ménagés, de nouveaux fragments à la parution du Freischutz. M.Berlioz fit comme ces peintres, habiles à reproduire le style des anciens maitres, leur empruntant le dessin, le coloris, jusqu’à la touche et rendent l’illusion assez complète pour tromper l’œil des plus fins connaisseurs. La difficulté fût de plier les gosiers de l’Opéra aux exigences d’une musique dont ils n’avaient ni l’instinct, ni l’habitude et que, dans leurs préventions, ils accusaient d’être parfois raboteuse. Mme [Roseline] Stoltz, dont la vigoureuse organisation se plaisait aux grandes hardiesses, aborda seule franchement les obstacles et les surmonta. Elle chanta son rôle avec ce mélange de poésie rêveuse et de passion qui caractérise les artistes allemands, et qu’elle sut leur emprunter.  

M.[Adolphe] Adam est un compositeur spirituel et adroit, ceci est su de chacun ; mais qu’il ne s’attache pas ordinairement à la recherche de l’idéal en musique, personne ne l’ignore non plus. Une fois cependant il s’éleva jusqu’aux régions éthérées. Ce fut lorsqu’il écrivit la partition de Giselle. Il avait eu le bonheur de voir tomber entre ses mains le chef-d’œuvre des programmes de ballet, Giselle, rêve charmant d’un vrai poète, et il s’était montré digne de cette bonne fortune en mettant sa muse de niveau avec celle de Théophile Gautier.

Voici du nouveau et du sérieux : La Reine de Chypre, qui vient clore dignement l’opéra de 1841, et promettre à ce théâtre, pour l’année suivante, un repos productif. M.[Fromental] Halévy change de style à volonté. Il y avait du moyen âge allemand dans La Juive ; Venise se retrouve tout entière dans La Reine de Chypre. Le compositeur a fait cette fois du coloris à la manière de Titien, de Tintoret et de Paul Véronèse. Il est aussi dramatique dans l’une que dans l’autre de ses partitions, mais d’une façon différente. Cet art d’approprier les inspirations à la nature du sujet auquel elles s’adaptent, est rare. De même que certains peintres ont sur leur palette une gamme de couleurs qui se retrouvent uniformément dans leur tableaux, de même beaucoup de musiciens n’ont qu’une forme mélodique dont ils usent en toute occasion. M. [Fromental] Halévy est assurément un des compositeurs de notre temps qui ont le mieux su éviter le défaut de la monotonie. Nous ne dirons pas en quelle estime les gens de goût comme le public (nous demandons à ce dernier pardon de la distinction), prirent la partition de La Reine de Chypre. C’est une chose au vu et au su de tout le monde. Rappelons seulement quel appui le maitre trouva dans ses interprètes, les élans chaleureux de Mme [Roseline] Stolz, la lutte de [Gilbert] Duprez et de [Paul] Barroilhet dans le fameux duo, et le brio avec lequel [Eugène] Massol enleva, pour nous servir d’un terme du vocabulaire technique des coulisses, les couplets si pittoresques du troisième acte. Conservons le souvenir de ce bel ensemble d’exécution qui, de longtemps sans doute, ne sera pas égalé.

Pour se relever de son échec de Carmagnola, M.Ambroise Thomas donna, l’année suivante (1842), le Guérillero, opéra dont M. [Théodore] Anne lui avait fourni le poème, et dans lequel il s’efforça de mettre de la couleur locale hispano-portugaise. On trouve que sa musique était sage et régulière de formes, faite selon toutes les règles de l’art, et même qu’elle offrait des mélodies aimables ; mais on lui reprocha de manquer de nerf et de chaleur. Cette critique, toute fondée qu’elle fût, n’ôtait rien au mérite de M. Ambroise Thomas ; on en pouvait seulement conclure qu’en conduisant sa muse vers le chemin de l’Opéra, il risquait de s’égarer, et qu’il y aurait plus de prudence de sa part à la retenir dans les sentiers fleuris de l’Opéra-Comique.

L’année 1842 n’est que médiocrement lyrique. Au Guérillero de M. Ambroise Thomas, l’Opéra se contenta d’ajouter Le Vaisseau-Fantôme de M. [Pierre-Louis] Dietsch, poème très-fantastique, musique dont les qualités sont le goût et la distinction, et qui a pour défaut principal la monotonie. Ajoutez à cela un ballet de M. [Adolphe] Adam : La jolie fille de Gand, et vous aurez tout le bagage sorti des cartons de l’Opéra dans l’espace de douze mois. Il est vrai que le répertoire des l’années précédentes était encore plein d’attraits, et que le besoin de nouveautés ne se faisait pas sentir, comme on dit en style de réclame.

Les antipathies nationales cèdent à l’examen de la raison, les hommes éclairés s’en affranchissent ; mais il n’est pas aisé de l’extirper des masses. Longtemps encore on aura beau faire, il règnera des deux côtés de la manche un antagonisme que le premier prétexte suffira pour réveiller. Les affaires d’Orient avaient fait naitre cette circonstance, quand parut Charles VI. La population parisienne accueillit avec enthousiasme le refrain : jamais en France l’anglais ne règnera. Peut-être les auteurs n’avaient-ils pas préparé à dessein ce succès d’à-propos, comme c’était néanmoins leur droit, car les allusions ont été de tout temps un des moyens d’effet légitimement admis au théâtre. Toujours est-il que le refrain en question eut du retentissement, et fit plus pour la vogue de l’ouvrage que les plus beaux morceaux dont se compose la partition. Ce n’était pas la première fois que chose pareille arrivait en France, dans ce beau pays ou l’on a de l’esprit à revendre, mais ou le sentiment sérieux de l’art musical n’a pas encore pénétré dans les masses.

La partition de Don Sébastien [opéra de Gaetano Donizetti] fut l’œuvre d’une imagination en laquelle se manifestaient déjà les premiers symptômes d’épuisement. Ce n’était guère que formules et réminiscences. A ce manque absolu de véritable inspiration, il eut été difficile de reconnaitre l’auteur d’Anna Bolena, de Lucie [de Lamermoor], de La Favorite.

Les habitués de l’Opéra n’ont pas le goût des impressions rétrospectives. Il est à peu près sans exemple que la reprise de l’œuvre d’un ancien maître ait exercé sur eux une influence attractive. Œdipe, de [Antonio] Sacchini, ne fut pas plus heureux, en 1843, que ne l’avaient été précédemment Armide et Orphée, de [Christoph] Gluck.

Il est convenu que nous citons les ballets pour mémoire et comme l’appoint du bilan que nous avons essayé d’établir. Nous mentionnerons donc à la fin de 1843 La Péri, musique de M.[Friedrich] Burgmüller ; puis, au commencement de 1844, Eucharis de M. [Edouard] Deldevez, et Lady Henriette, dont la partition, chose étrange ! réclama le concours de trois muses associées : celles de MM. [Frédéric] de Flotow, [Friedrich] Burgmüller et [Edouard] Deldevez.

Dans un moment de loisir M. [Jules-Henri Vernoy] de Saint-Georges avait ébauché le poème de Lazzarone ; dans un une heure de désœuvrement M. [Fromental] Halévy en esquissa la musique. Ils ne mirent pas grande prétention à cette fantaisie, qui cependant ne fut indigne ni de l’un ni de l’autre. Le musicien, comme le poète, ne peut laisser sa lyre perpétuellement montée au ton héroïque. Le Lazzarone était un opéra fait sans prétention, qui se bornait à offrir quelques scènes piquantes et quelques morceaux d’un faire élégant et spirituel. On y remarquera, comme une innovation plus singulière qu’heureuse, l’absence de ténor. A coup sûr ce n’était pas le compositeur qui avait voulu qu’il en fût ainsi.

Marie Stuart, de M. [Louis] Niedermeyer, était une œuvre plus grande et plus sérieuse. M. Niedermeyer y montra plus de nerf qu’on aurait pu s’y attendre d’après le style des productions par lesquelles il s’était déjà fait connaître. On crut assister à l’initiation d’un futur premier ténor de l’Opéra quand M. [Italo] Gardoni débuta dans le rôle de Bothwel. Mais les chanteurs étrangers semblent destinés à ne tenir qu’une bien faible partie de ce qu’ils promettent au premier théâtre lyrique de la France. Les personnes qui font, en toute chose, profession d’amour-propre national, s’en réjouiront.

Combien peu l’on s’inquiète de se conformer aux préceptes formulés par les poètes sous l’inspiration d’une saison. Il y a longtemps qu’un des écrivains auxquels nous devons les meilleurs enseignements a dit qu’on ne doit point forcer sa nature, sous peine de ne rien faire avec grâce. Maint auteur cependant a méconnu cette grande vérité. Homme d’esprit et de talent, M. [Adolphe] Adam ne s’y est pas plus conformé que beaucoup d’autres, lorsqu’il a composé la partition de Richard en Palestine. Sa véritable vocation est l’Opéra-Comique ; il l’a suffisamment prouvé, et les succès qu’il a obtenu dans le genre léger étaient de nature à satisfaire une raisonnable ambition. Eut-il tort de vouloir s’élever jusqu’au style lyrique proprement dit ? Nous lui laisserons à lui-même le soin de décider la question. Si jamais auteur avait pu se soustraire à toute influence d’amour-propre pour être bon juge dans sa propre cause. M. Adam, hâtons-nous de le reconnaitre, fit comme toujours de la musique très-agréable, mais la scène du Grand Opéra et le sujet qu’il avait à traiter demandaient quelque chose de plus.

Mme [Roseline] Stoltz voulait prouver à ceux qui avaient jusqu’alors prétendu, non sans raison, qu’elle avait une voix rebelle aux difficultés de la vocalisation ; voulait prouver qu’au besoin elle était capable de chanter de la musique italienne pure. On fit pour elle une traduction d’Otello [de Gioachino Rossini]. Peut-être la démonstration ne fût-elle pas tout à fait aussi convaincante qu’elle l’avait espéré, car elle ne parvint pas à dissimuler ce qu’il lui en coutait d’efforts pour surmonter les obstacles ; mais ses ennemis même, et l’on sait qu’elle avait eu l’art de s’en faire beaucoup, furent contraints de reconnaitre qu’il y avait d’immenses ressources dans cette puissante volonté et dans cette persévérance qui parvenaient à réaliser l’impossible. Nous n’apprendrons à personne que [Gilbert] Duprez et [Paul] Barroilhet furent pour Mme Stoltz de dignes, de très-dignes auxiliaires ; mais en dépit de leur talent et de leur zèle, Otello ne fournit pas une longue carrière. Tel sera toujours le sort des traductions à l’Opéra.

Un opéra et un ballet, voici tout ce que l’Académie royale de musique fournit en 1845 au large contingent des nouveautés qui sortent annuellement de l’atelier ou s’élaborent les choses dramatiques de la France. M. [Michael] Balfe donna l’Etoile de Séville. Cette étoile ne brilla pas d’un vif éclat ; mais elle resta quelques temps sur l’horizon de l’opéra et jeta une clarté agréable. On remarqua dans la partition de M. Balfe, à défaut d’une originalité prononcée, un mérite de facture dont les œuvres des musiciens anglais, nous en demandons pardon aux artistes de cette nation, offrent rarement l’exemple. L’auteur avait complètement abondé dans le sens de la manière italienne. Il s’en tira assez adroitement pour qu’on pût dire qu’il avait, non pas copié, mais seulement imité.

Le Diable à quatre vint renforcer l’Etoile de Séville, afin qu’on n’accusât point à juste titre l’Opéra d’avoir sommeillé trop profondément en l’an de grâce 1845. M [Adolphe] Adam, de qui l’on dirait qu’il est né pour le genre chorégraphique, s’il n’avait faire de jolis opéras, surtout le Chalet et Giralda dans cette nouvelle production carrière à sa muse légère, pimpante et frétillante.

Le premier opéra, joué en 1846, montre ce que peut la persévérance, et combien il faut placer l’espoir, pour le succès de ses projets, dans une grande ténacité. Celui qui écrit ces lignes (on nous permettra d’user, pour une fois seulement, de la formule usitée par un illustre poète dans de célèbres préfaces), celui qui écrit ces lignes avait pour camarade de collège un jeune homme auquel un goût passionné pour la musique faisait négliger ses autres études, au grand déplaisir de ses parents, dont l’ambition était de le voir rentrer à l’école polytechnique. Le jeune homme en question n’était pas un musicien fort habile. Il déchiffrait assez péniblement des morceaux de flûte ; mais, en revanche, il composait. Chaque jour il nous faisait entendre de nouvelles mélodies qu’il avait faites à tout hasard et qu’il se proposait d’employer plus tard dans ses opéras. Son embarras était de les revêtir de formes harmoniques quelconques ; car il ignorait l’art d’écrire à plusieurs parties et la vérité nous oblige à dire que ses efforts pour pénétrer les secrets de cet art n’étaient guère couronnés de succès. Notre camarade s’arrangea pour se faire refuser à l’école polytechnique, et dès qu’il fut sorti de pension, il n’eut plus d’autre pensée, d’autre but que la recherche d’un poème d’opéra. Pendant 15 ans, il s’occupa de cet unique objet, attendant chaque jour pour le lendemain la réalisation de ses espérances et ne perdant jamais courage au milieu de ses plus cruelles déceptions. Nous nous disions, en admirant cette patience héroïque : [Auguste] Mermet arrivera. En effet, il est parvenu à faire représenter en 1847 l’opéra biblique de David. Quoi qu’il fût notre ami, quoi qu’il fût notre ami, nous ne nous fîmes point d’illusion au point de croire qu’il venait de livrer un chef-d’œuvre à l’admiration des âges futurs. C’était déjà beaucoup, suivant nous, qu’il soit arrivé jusqu’à la scène de l’Opéra, quand nous songions qu’il était parti des solos de flûte de la pension Goubaux. Soyez persuadé que Mermet songe à affronter une seconde fois le jugement du public ? Il a ou il aura certainement un poème d’opéra. Au besoin, il s’en fera un lui-même.

Le Roi David ne pouvait pas suffire à l’Opéra dans le courant de l’année 1846 ; Mermet ne nous pardonnerait pas de soutenir ce paradoxe. On lui adjoignit la traduction de Lucie de Lammermoor[de Gaetano Donizetti] faite par MM Alphonse Royer et Gustave Vaëz pour le théâtre Ventadour. Puis vint le ballet de Paquita, avec une musique agréable par M. [Edouard] Deldevez.

[Gioachino] Rossini avait beau s’obstiner à garder le silence, on voulait absolument qu’il n’en restât point sur son chef-d’œuvre, Guillaume Tell. Dire combien de démarches furent tentées auprès de lui pour obtenir qu’il laissât tomber ses inspirations sur un poème de son choix, ce serait répéter ce que tout le monde sait. Rossini demeurait inébranlable dans sa paresse, selon quelques-uns, ou dans une résolution mûrement réfléchie, suivant d’autres mieux informés. Le directeur de l’Opéra, comprenant enfin que le maitre ne se laisserait pas fléchir, et qu’il fallait du moins un pastiche composé de morceaux d’anciens opéras italiens. Qu’à cela ne tint ; Rossini consentit très-volontiers à une combinaison qui ne changeait rien à son parti-pris, et qu’il n’avait d’ailleurs nullement le droit d’empêcher. Robert Bruce vit le jour au commencement de 1847. On applaudit à la charmante musique de Donna del Lago ; mais l’effet ne fut pas, il ne pouvait pas être celui qu’aurait produit une partition nouvelle ; La gloire de Rossini demeura entière, mais elle ne s’accrue point par suite de l’emprunt fait à son ancien répertoire.

Il faut, dit-on, que le temps passe sur les grands événements pour qu’on puisse les apprécier sainement. Les contemporains, quel que soit leur désir d’impartialité, ne se dégagent pas assez complètement de toute influence étrangère, pour que leurs décisions ne soient pas suspectes ; Nous laissons donc aux historiens futurs de la scène lyrique le soin de prononcer dans la grande querelle de Mme Stoltz et de ses adversaires. Ils diront si, en effet, cette artiste, à laquelle on ne saurait refuser d’éminentes qualités, fut, pendant le temps qu’on appelle son règne à l’Opéra, un obstacle à tout ce qui ne tendait pas à flatter sa vanité, ou bien si ceux qui ont soutenu cette thèse l’ont, par hasard, calomniée. Quoi qu’il en soit, innocente ou coupable, Mme Stoltz se retira au mois d’Avril 1847. Ceux même qui voulaient qu’elle partît eurent le bon goût de lui faire une retraite triomphale. Mme Stoltz fut enterrée sous les fleurs le soir où elle parut pour la dernière fois. Ce sont ces galanteries qui caractérisent le public français et qui font l’éloge de son savoir-vivre. On dit à un artiste : Allez-vous-en, mais on l’accompagne jusqu’à la porte avec force bravos.

Ozaï, ballet océanien, musique de M. Casimir Gide, fit attendre La Bouquetière, binette de M. Adolphe Adam, qui fut donnée elle-même en attendant un ouvrage plus important. Comme cet ouvrage n’arrivait pas, le directeur appela à son aide les ressources chorégraphiques : La fille de marbre fut mise en scène pour la plus grande gloire de Mlle Fanny Cerrito et de son époux, M [Arthur] Saint-Léon. On gagna ainsi la fin de l’année 1847, où fut représenté Jérusalem. Le public parisien est peu sympathique pour la musique de M. [Giuseppe] Verdi ; l’expérience nous parait l’avoir suffisamment prouvé. Les œuvres du compositeur viennent d’être analysées, du reste, avec trop d’étendue dans les colonnes de la Gazette musicale, pour qu’il soit nécessaire de revenir sur le même sujet.

L’année 1848, à laquelle nous voici parvenus, ne sera pas marquée de blanc dans les annales de l’Opéra. Cette réflexion n’est nullement politique ; elle est artistique, pas autre chose. Ce n’est pas à nous qu’il appartient de rechercher , et dans un pareil travail, si ce régime républicain fait ou fera le bonheur de la France. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que la musique, pas plus que la peinture, pas plus que les autres arts, ne s’accommode des révolutions. L’année 1848 fut donc pour l’Opéra, ainsi que pour tout ce qu’il était art et industrie, du reste, une période de souffrance. Les nouveautés représentées pour galvaniser ce malheureux spectacle qui se mourait, furent : Grisélidis ou les Cinq sens, ballet de M [Adolphe] Adam ; l’opéra de M. Benoit, intitulé : L’Apparition ; Nisida, ballet du même compositeur, et Jeanne La Folle, de M. [Louis] Clapisson. Plusieurs reprises d’anciens ouvrages, plusieurs débuts eurent lieu. On avait beau faire, déployer de l’activité, le public ne venait pas. La triste comédie de l’émeute et du socialisme qui se donnait chaque jour dans la rue absorbait toute l’attention. Quoiqu’on n’y payât pas son billet à la porte, la France sait si ce fut un spectacle gratis ! L’abaissement du prix des places, la diminution des appointements des artistes (tristes symptômes) furent inefficaces pour rendre à l’Opéra une apparence de prospérité. On était à douter de la possibilité de l’existence de ce magnifique spectacle, qui fut, on l’a toujours dit, une des gloires de la France, et qui avait traversé jusqu’alors sain et sauf bien des tourmentes politiques.

L’Opéra était dans cette triste situation, qui menaçait de le conduire au trépas par le marasme, quand survint un événement qui lui rendit le vie. Cet événement, il est inutile de le dire, fut l’apparition du Prophète. A toutes les gloires qui ont marqué la carrière si brillante de M. [Giacomo] Meyerbeer devait se joindre la gloire de sauver d’une ruine imminente le premier théâtre lyrique du monde. L’auteur de Robert-le-Diable, des Huguenots et du Prophète est véritablement prédestiné ; il a le droit, lui aussi, de croire à son étoile.

La chronologie musicale du demi-siècle dont nous avons entrepris d’enregistrer les faits qui sont de notre domaine allait avoir une triste fin, quand apparut l’œuvre magnifique qui vint, au contraire, la terminer avec éclat. Pour notre part, nous remercions M. Meyerbeer d’avoir fait en sorte que nous ne fussions pas obligé de conclure par des lamentations à la façon de Jérémie.

Edouard Fétis

Notes

(1) Nous reprenons aujourd’hui une série d’articles que l’état de santé de notre collaborateur l’avait forcé d’interrompre, mais qui, désormais, se suivront avec rapidité.

(2) Voir les numéros 1, 2, 3, 7, 11, 14, 20 et 23

Le mystère de l’opus 52 « Promenade en Gondole » une barcarolle de Sebastian Lee ca 1850

Par Pascale Girard

Alors qu’on s’apprête à envoyer notre prochaine republication chez l’imprimeur, je fais face à une frustration récurrente dans mes recherches, à savoir, lâcher prise. Parfois, on n’aura pas le fin-mot de l’histoire et c’est comme ça. Peut-être qu’on trouvera les réponses plus tard, mais peut-être pas; et ça c’est très dur pour moi. Je boucle, boucle et re-reboucle, et toutes les pistes sont des impasses. Alors que je dois accepter qu’on va mettre cet opus 52 sous presse dans quelques jours, je vous partage ici mes pensées non-conclusives sur sa génèse.

C’est d’abord l’histoire d’un manuscrit chiné que je récupère avec très peu d’informations. Le vendeur me dit que la publication daterait de 1850 environ. Premier problème, la Gazette et revue musicale de Paris datée du 13 janvier 1850 continent la publicité de l’opus 54 de Sebastian Lee, un air à paraître sur l’opéra de La Fée au Roses, de Fromental Halévy, sorti l’année précédente.

A gauche, la publicité parue dans la Gazette et revue musicale de Paris datée du 13 janvier 1850 et à droite, la couverture de l’opus 54 de Sebastian Lee, annoncé dans la publicité ci-contre.

Notre Promenade en Gondole, qui est l’opus 52, ainsi que l’opus 53, Grande Fantaisie dramatique sur le Prophète, un Opéra de Giacomo Meyerbeer, sont donc déjà écrits et techniquement déjà publiés. Le Prophète a été joué pour la première fois le 16 avril 1849 à l’Opéra de Paris, rebaptisé « Théâtre de la Nation » après a révolution de 1848.

Publicité Brandus & Cie tirée de la Gazette et revue musicale du 24 juin 1849

Je conclue d’abord que l’opus 53 n’a pu être composé qu’entre le 16 avril 1849 et le 24 juin 1849, date à laquelle l’opus 53 est annoncé en publicité. L’opus 52 est donc forcément antérieur à avril 1849 et pour compliquer encore un peu plus la chose, aucun périodique musical de l’époque ne fait allusion à cet opus 52. Ni en 1848, ni en 1849 et encore moins en 1850 ou on est déjà loin dans les numéros d’opus de Sebastian Lee. Je ne trouve rien, comme si cette œuvre était complètement passée sous les radars. Aucune pub sortie par S.Richault, l’éditeur, pas plus que de performance annoncée dans un concert (joué par Sebastian Lee ou pas). Non, cette année là je sais qu’Auguste Tolbecque a joué les variations de Guido et Genevra [opéra de Fromental Halévy], opus 11 paru en 1839 de Sebastian Lee, le 17 juin 1849 à un de ses concerts, que ça a plu, mais la Barcarolle, walou!

Concert philanthropique organisé salle Sainte Cécile, 49 bis, rue de la Chaussée d’Antin à Paris par Charles Bonnesseur

La même année en 1849, Sebastian Lee joue pour la 2ème fois avec Jacques Offenbach un quatuor écrit par ce dernier.

Extrait des nouvelles de la Revue et Gazette Musicale du 15 avril 1849 par Maurice Bourges

Contrairement à ce que Maurice Bourges prétend, la première représentation de ce même quatuor 4 ans plus tôt avait été un fiasco.

Extrait de la Gazette et revue musicale de paris du 27 avril 1845 relatant le concert organisé par Jacques Offenbach salle Hertz 38, rue de la Victoire à Paris, le 8 avril de cette même année et critiqué par le même Maurice Bourges.

C’est un autre concert de Jacques Offenbach au théâtre de la Tour-d’Auvergne le 24 avril 1847 qui avait été un succès. Offenbach n’avait pas fait jouer son quatuor et notre Cher Sebastian n’y avait pas participé cette année là.

Extrait de la Gazette et revue musicale de Paris du 14 avril 1847, article rédigé par Maurice Bourges (encore lui) p150

Mais je m’égare. Nous sommes donc en 1849 et je n’ai aucune trace de ma Barcarolle Promenade en Gondole, opus 52 de Sebastian Lee. Il me faut donc peut-être remonter d’avantage dans le temps. Quand j’épluche la presse musicale de 1848, je ne trouve rien non plus, mais ça me surprend moins car 48 a été une année pourrie. Edouard Monnais le résume bien dans son article d’ouverture du N°1 de la Gazette et revue musicale de Paris de janvier 1849 dont voici un extrait « En historien fidèle il faut constater que le chant des Girondins partagea seul avec la Marseillaise, l’honneur de saluer la république nouvelle. Pendant des mois entiers les Girondins et la Marseillaise composèrent tout notre répertoire lyrique […] ici l’abîme s’ouvre, une monarchie s’écroule et la république s’élève sur ses débris!!! […] que de mauvais vers et de mauvaise musique coulant à plein bords […] que de Tyrtées jeunes et vieux aspirants à détrôner Rouget de Lisle […] des concours furent ouverts pour la composition de chants nationaux, et l’expérience démontra une fois de plus qu’on ne commande pas de refrains populaires […] Il faut noter les traits courageux de quelques grands artistes que le choc révolutionnaire n’ébranla pas. Ainsi, peu de jour avant le 23 février, Mme [Marie] Pleyel avait annoncé qu’elle donnerait un concert, et, en femme vraiment forte, elle le donna peu de jour après. Elle voulu bien jouer aussi dans un concert de la Gazette musicale. [Giacomo] Meyerbeer avait promis aux directeurs de l’Opéra de leur livrer son Prophète, et, loin de songer à retirer sa parole, il se hâta de la confirmer par écrit.  Mais par malheur, les théâtres ne pouvaient pas braver les événements dont les contre-coups exercèrent d’affreux ravages.

L’Opéra National succomba le premier, après avoir essayé d’un retour au genre ancien Cirque-Olympique. L’Opéra-comique changea de direction entre la fameuse journée du 16 avril et l’autre non moins fameuse journée du 15 mai ; car désormais chaque mois avait ses journées, et nous touchions aux plus déplorables de toutes, à celles de juin, qui firent verser tant de sang et de pleurs. Le Grand Opéra venait de donner l’Apparition [opéra de Germain Delavigne], qui ne fit qu’apparaître. L’Opéra-comique reprenait la Fille du régiment, [de Gaetano Donizetti] la veille même du jour ou la guerre éclata à Paris. Le début de Mme Ulgade-Beaucé devait avoir lieu, dans le Domino Noir, [de Daniel Auber] le vendredi, jour de la première bataille. Ah ! Détournons nos souvenirs de cette funèbre époque, et consolons-nous en pensant que du moins les journées de juin furent les dernières que la France ait eu à déplorer. Il fallait à l’anarchie une leçon formidable. La leçon a été donnée, à quel prix, juste ciel ! Et nous voyons qu’elle a profité. Six mois de calme et de légalité ont dissipé bien des terreurs et cicatrisé bien des blessures.

Archives de l’Opéra de Paris. journal de Régie, 3ème série, p251, source: BNF Dernières représentations avant l’état de siège

L’Assemblée nationale est d’abord bien généreusement venue au secours de tous les théâtres, en attendant que le public fût en état d’y revenir lui-même. Peu à peu leur situation s’est améliorée et ils n’ont plus eu à subir que les chances ordinaires du plus ou du moins de succès de leurs ouvrages, du plus ou du moins de talents de leurs artistes.

Le Président de l’Assemblée nationale, M. [Armand] Marrast, a souvent invité la musique et les musiciens à ses réceptions parlementaires.

L’association des artistes-musiciens s’est signalée par l’à-propos de ses idées et par son activité à les mettre en pratique. Elle a rouvert l’Elysée nationale [1] pour y célébrer des fêtes musicales, la chapelle du palais de Versailles pour y exécuter une messe et le théâtre du même palais pour y donner un concert […] et maintenant il ne nous reste plus qu’à supplier l’année 1849 de marcher du pas le plus ferme et à la fois le plus prudent qu’il lui sera possible (car partout ou elle ira nous seront bien forcés de la suivre), d’éviter à tout prix les erreurs de sa sœur ainée, en un mot de tâcher d’être une année parfaitement sage et parfaitement heureuse, s’il y a moyen. Nous l’en conjurons au nom de l’art et des artistes qui en seraient réduits au suicide si chaque année prenait l’habitude d’amener avec elle une telle révolution ».

Le parc de l’Elysée-national sous le Second Empire (1852-1870) Source: Wikipedia

A l’Opéra, le journal de bord signal à 2 reprises l’état de siège. En Février et du 23 juin au 21 Juillet 1848.

Source: BNF

Mauvaise nouvelle pour les affaires de l’Opéra, mais la relâche des musiciens signifie que notre Cher Sebastian a eu plus de temps que d’habitude pour composer. La Barcarolle Promenade en Gondole a donc très probablement été écrite pendant la révolution de 1848 au 73 de la rue des Martyrs, dans l’appartement familial. A cette époque, son fils Edouard a 13 ans, et sa fille, la petite Caroline, 6 ans.

Maintenant qu’on sait « à la louche » quand a été composée cet opus 52 et les raisons probables de sa non-édition l’année de sa composition, intéressons nous à la dédicace. L’ouvrage est pour Mademoiselle Caroline Morin. J’ai trouvé 3 pistes: 3 fausses routes!

Piste N°1, M. [Laurent-Joseph] Morin [de Clagny] compositeur d’opéras et professeur de déclamation au Conservatoire de musique de Paris. Un voisin (il habite dans le même arrondissement que ce Cher Sebastian). Ils se connaissent très probablement et si M. Morin avait eu une fille, peut-être l’ouvrage eut-il été pour elle. Ce n’est pas le cas.

Piste N°2, Melle Caroline, ballerine de l’Opéra de Paris. Il la connaissait potentiellement. Au départ je l’ai confondue avec une Caroline Morin veuve d’un Théophile Bernard qui avait suscité mon intérêt parce-que son fils, Charles-Auguste Bernard, était régisseur au Théâtre des Variétés, selon l’acte de décès de la veuve en 1906 (voir ci-dessous). Par ailleurs, cette Melle Caroline, ballerine à l’opéra, danse à 2 reprises un divertissement avec un M. Théodore. Je me disais que je les tenais!!! Et bien pas du tout, il s’avère qu’il s’agit de Melle Caroline Lassiat et de M. Théodore Martin (qui d’ailleurs ne s’appelle pas Théophile, comme quoi, je fatigue).

Caroline Morin, qui habite dans le 9ème arrondissement de Paris, a un fils, Charles Bernard régisseur au théâtre des variétés, le bon nom, la bonne tranche d’âge, la connexion avec l’art et la musique… Et ça ne colle pas!

Mariés en 1855, Melle Caroline Morin était donc encore célibataire en 1848, date de la composition de la Barcarolle, ça pouvait coller.

Le lundi 3 décembre 1849, sous la direction de M. Auguste Mabille, chorégraphe attitré du Théâtre de la Nation, on trouve un divertissement avec 4 danseurs pendant la représentation du Prophète de Meyerbeer. La représentation, commencée à 7h15, annonce ce divertissement au 3ème acte avec un pas de 2 exécuté par Melle Caroline et M. Théodore.

Piste N°3: Par ricochet, j’apprends que le directeur du Théâtre des Variétés de 1848 à 1849 n’est autre qu’un certain Edouard Morin. Ca ne me mène nulle part non plus 🙁

Résumons-nous donc, je n’ai pas la date exacte de la composition de notre Barcarolle Promenade en Gondole. Elle a certainement été composée pendant les événements de 1848, mais il semble qu’elle n’ait jamais fait l’objet de promotion dans la presse et qu’elle n’ait peut-être même jamais été jouée en public au moment de sa sortie en 1850. Que dire encore? Que la barcarolle est un genre musical vocal ou instrumental de mesure ternaire qui évoque le mouvement lent d’une barque et, par extension, d’une gondole, car il s’agit d’un chant d’amour. Venue du mot barcaiolo, qui désigne le batelier, lui-même issu de barca, barque, la barcarole, barcarola [2] Oubliée sous la Révolution [de 1789], la Barcarolle revient à la mode sous la Restauration et jusqu’à la fin du siècle. Si cet opus 52 a été composée en 1848, date de la chute de la monarchie française, est-ce que ce n’est pas une manifestation de soutien déguisé au roi? Non, car l’opus 53 est dédié à Louis-Napoléon Bonaparte dit Napoléon III,  élu au suffrage universel masculin, le 10 décembre 1848, après coup d’état et révolution de 1848. La pub Brandus pour l’opus 53 apparait dans la gazette du 21 octobre 1849 cité p336

Je n’ai pas encore parlé de l’opus 51 qui précède la Barcarolle Promenade en Gondole et qui est aussi une bizarrerie. il s’agit de Fantaisies sur les motifs d’Obéron, Euryanthe et Presiosa de Carl Weber. D’abord ce sont 3 opéras différents, chose rare. En général, une œuvre propose les variations d’un seul et même opéra. Mais bon. Admettons.

D’abord Obéron sorti en 1826 (soit il y a 22 ans quand Sebastian Lee en compose une Fantaisie. Il ne l’a jamais joué à l’Opéra de Paris puisqu’il n’y travaille qu’à partir de 1837). C’est une histoire de Roi des Elfes, Oberon, qui se dispute sur l’inconstance humaine avec sa Reine Titania. Ils se sont jurés de ne plus s’aimer tant qu’ils n’auront pas trouvé un couple d’amoureux constants jusqu’à la mort. Sont choisis Huon et Rézia, pour relever le défi; et ils vont souffrir. Ensuite Euryanthe, opéra joué pour la 1ère fois en 1823 à Vienne et à Paris le 6 avril 1831 (toujours pas pendant que ce Cher Sebastian y travaillait). Encore un drame romantique avec un pitch qui se déroule dans le palais du roi Louis de France à Prémery ou le comte Adolar chante les louanges de sa promise, Euryanthe. Le comte Lysiart conteste la fidélité de la jeune fille et affirme qu’il pourrait la séduire s’il s’en donnait la peine. Adolar mise sa fortune et ses terres sur la fidélité d‘Euryanthe et exige que son ami lui fournisse éventuellement une preuve de sa victoire. Ca va encore mal se passer avant une fin heureuse. Et enfin Préciosa, joué à Berlin en 1821. Un 3ème opéra romantique qui se déroule cette fois en Espagne. Un jeune noble tombe amoureux d’une belle gitane et se joint à sa bande afin de pouvoir rester auprès d’elle. On découvrira par la suite que Preciosa est elle-même d’origine noble: aucun obstacle ne s’opposera plus alors à leur union.

Ce Cher Sebastian serait-il d’humeur badine? En fait, c’est peut-être le contraire. Alors que Paris est à feu et à sang, les mélodies sentimentales qu’il compose sont peut-être tout simplement une échappatoire à la brutalité qui sévit dans la réalité du Paris de 1848. Cet opus 51 est dédié à Monsieur le Vicomte Julien de Reviers de Maury, un polytechnicien officier d’artillerie.

En remontant encore le temps, je ne trouve qu’un seul article en 1847 sur les opus sortis cette année-là.

Extrait de la Gazette Musicale de Paris du 9 mai 1847 p158. Et vous avez bien lu, on en est à l’opus 42.

10 opus on été écris entre Mai 1847 et janvier 1849, date à laquelle on reprend le fil de l’histoire des parutions à l’opus 54. Auparavant, voici ce que je sais:

Opus 43: Fantaisie sur l’Ode Symphonie Le Désert et sur les Hirondelles de Félicien David pour Violoncelle avec accompagnement de Piano, 1847

Opus 44: le Premier Bal, 1847 dédié à M. Léon Paixhans

Opus 45: Souvenir du Lac des quatre Cantons. Barcarolle pour violoncelle et piano (B&H ca.1847) dédié à son ami Théodore Delamarre

Opus 46: Divertissement sur des motifs de l’opéra Luisa Strozzi de Gualterio Sanelli, Leipzig: Breitkopf & Härtel, ca. 1847

Opus 48: Sérénade sur ‘Don Pasquale’ opéra de Donizetti in G Major for Cello and Piano ca 1850

Opus 50: Réminiscences de opéra Le val d’Andorre (Lemoine) dédié à son élève et ami Emile Colliau

Opus 51: Fantaisie sur des Motifs d’Oberon, Euryanthe et de Preciosa de C.M. de Weber, pour violoncelle avec accompagnement de piano, dédié à Monsieur le Vicomte Julien de Reviers de Mauny chez Hofmeister ca 1850

Voilà, vous savez tout. Il ne me reste que très peu de temps pour faire la découverte qui relie tous les points. Si vous avez une idée, merci de me la partager en commentaire. Pendant ce temps, il me faudra m’ouvrir pleinement au Wabi Sabi japonais et accepter la nature fondamentalement imparfaite de ce travail.

Fantaisies et variations : les parents pauvres de la musique savante?

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Par Pascale Girard

Ci-dessus, gravure de Charles Bour (1814-1881) pour la publication de la partition piano et chant du Prophète de Meyerbeer (1849)

Quand j’ai commencé à reconstituer le catalogue de Sebastian Lee, j’ai assez rapidement remis la main sur des œuvres musicales de type Fantaisies sur des airs d’opéras célèbres. Toute fière de moi, je me suis empressée de montrer mes trouvailles à mon Bon Maître pour lui partager le trésor. Alors que je lui tends, tout sourire, la copie de la « Grande Fantaisie dramatique sur l’air du Prophète de Giacomo Meyerbeer », opus 53 de Sebastian Lee, chiné à grand ’peine à la bibliothèque Nationale Autrichienne et récupéré à prix d’or [1], le voilà qui y jette un œil dédaigneux et me lance : « Alors ça, laisse tomber, c’est pas intéressant. On se concentre sur des œuvres originales ». J’étais sous le choc. Pour ma part cette œuvre était tout à fait originale et écrite de la main de ce cher Sebastian. Néanmoins, connaissant mon Bon Maître, qui ne se laisse pas tourner les oreilles par quelques fanfreluches musicales, il a planté une graine. Comme il n’a jamais cessé de me surprendre par la justesse de ses goûts bien affutés et son érudition musicale — et que, surtout, quand il dit quelque chose je l’écoute — on n’a rien republié des Variations et Fantaisies de Sebastian Lee, j’ai mis le sujet en pause en me disant que je creuserai la thématique plus tard et qu’on avait déjà bien assez à faire avec les opus validés « originaux ». Cependant, récemment, un article du chercheur et musicologue Oscar Catalan Gonzalez publié par la BNF a ravivé ma curiosité à cet égard. Dans sa thèse, Oscar Catalan Gonzalez explique que « ce genre musical […] cherche à imiter les chanteurs à succès avec l’espoir d’atteindre leur vocalité, à l’instrument. » [2] Il confirme également que la « production conséquente de ce genre musical en France au XIXe siècle prouve d’emblée l’affection que l’auditeur [de l’époque] lui porte dans différentes manifestations. Néanmoins, il est surprenant de constater que malgré son succès, en plus d’être considéré comme ‘sans importance’ [3], ce répertoire est souvent qualifié de ‘mauvaise musique’ par les instrumentistes eux-mêmes. » [2] et d’ajouter que la flûte, autour de laquelle ses recherches sont axées, a une similitude de timbre avec la voix humaine. Ce qui m’a fait sourire car j’ai entendu à maintes reprises la même affirmation concernant le violoncelle. L’analyse de M. Catalan Gonzalez s’applique donc au delà du champs de la flûte qu’il étudie.

Quoi qu’il en soit, flûte ou biniou, s’il est bien un genre déprécié dans la musique savante, c’est l’art des arrangements, chers au XIXème siècle. A Paris, les théâtres lyriques faisaient sensation avec différentes productions de compositeurs, rockstars de leur temps, tels les Giacomo Meyerbeer (1791-1864), Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) ou Fromental Halévy (1799-1862). Les cantatrices qui assuraient les premiers rôles de ces productions étaient adulées par les foules. On se battait parfois pour un billet de spectacle comme le rapporte Ernest Deschamps, chroniqueur et gérant de la Revue et Gazette Musicale en 1849 aux côtés de Louis Brandus, [4]. Dans son article, il relate l’hystérie collective autour de la personne de Jenny Lind, cantatrice Suédoise en tournée à New-York pour y interpréter son rôle de Norma dans l’opéra éponyme, composé par  Vincenzo Bellini ; opéra qui, au passage avait fait sa première 20 ans plus tôt à Milan.

Source: Wikipedia

Le public au comportement fanatique montre bien l’engouement de ce siècle pour les divertissements musicaux et la manne financière que ces productions représentaient : « Le Rossignol [5]  […] n’a pas encore chanté, ce n’est que le prologue ! […] La marche triomphale du rossignol […] la présentation au rossignol de cinq cents dames auxquelles il est obligé de serrer la main ; la description du mobilier spécialement commandé à l’hôtel Irving pour le rossignol et qui a coûté 30 000frs [6], la nouvelle que Barnum, l’entrepreneur, a loué Castle Garden qui tient 8000 personnes pour donner des concerts, l’envoi d’innombrables bouquets et autres témoignages d’estime que le rossignol refuse […] jamais on a vu pareil fureur […] les chemins de fer et les bateaux à vapeur versent des torrents de voyageurs venus voir la merveille suédoise […] on nous donne [6] la description du rossignol, Jenny Lind n’est point une beauté classique, elle a beaucoup de traits d’une allemande et de ceux d’une écossaise. Un prix de 1000frs est accordé à l’auteur de la meilleure pièce de vers en l’honneur du rossignol. Il y a 750 concurrents! Et par conséquent 749 mécontents […] les journaux se remplissent de la vente [des billets de concert] de la veille, il pleuvait à torrents et cependant environ 5000 personnes se pressaient aux bureaux pour avoir des billets. Le prix primitif du billet [aux enchères] était de US$3 (15frs). Le commissaire monte sur scène et commence par déclarer qu’il est à la place même ou se trouvera le rossignol. Le premier billet adjugé donnera le droit de choisir la place qui conviendra le mieux. La première enchère va à US$25, ce sont les 2 grands hôtels, celui d’Irving et celui de York qui se font une concurrence des plus animée. Ils ont des ordres pour leurs locataires, mais ils sont ignominieusement distancés par un simple citoyen, M.Genin, chapelier, qui enlève d’assaut le premier billet au prix de US$225 (1250Frs). Quand son nom est proclamé, toute l’assemblée se lève et pousse 3 hourras en son honneur […] Quel est donc ce mystère? Est-ce un compère? Non, c’est une réclame. Cet intelligent négociant a, dit-on, approfondi la philosophie de l’annonce. On lui dit qu’il fait une folie, il répond qu’il saura bien en trouver les intérêts. On lui donne US$50 de surenchère, il n’en donnerait pas son billet pour US$500. Ses concurrents sont 3 apothicaires qui ont fait fortune par les annonces, et qui envient son sort, car maintenant le nom de Genin chapelier va faire tourner toutes les têtes. On prétend que le jour du concert, il compte se distinguer en suspendant un immense chapeau dans la salle. […] à 2h, M.[Julius] Benedict venu de Londres pour diriger l’orchestre fait son entrée. Pendant ce temps là, le rossignol se promène et jouit de la vue splendide sur la baie en s’entretenant gracieusement avec 3 dames qui ont eu le privilège d’entrer. Le rossignol a une robe à carreaux, un châle rouge et un chapeau de soie vert. Quand le rossignol apparait sur scène, il est reçu par un tonnerre d’applaudissements. Il pâlit légèrement, effet de l’émotion. Elle commence Casta Diva [Le 1er air de Norma], l’enthousiasme est cette fois impossible à décrire. On nous dit [4] que l’orchestre oublie qu’elle est une créature terrestre, et est prêt à tomber à genoux et à l’adorer. Aux portes, la foule fait émeute ; le rossignol est obligé de s’envoler par une porte dérobée […]nous craignons pour les jours du rossignol […] L’autre jour, le rossignol était sur un balcon avec deux autres dames. Une de ces dames, une des trois, après avoir mangé une pêche, jette le noyau dans la rue. On s’est battu pour le ramasser ; on craint qu’il n’y ait eu des morts ou des blessés. On assure aussi qu’un des gants du rossignol a été ramassé, et que l’heureux possesseur de ce trésor fait payer 1 shelling pour baiser l’extérieur, et 2 shellings pour baiser l’intérieur du gant. »

Vue grand angle de New York City avec Battery Park en arrière-plan, 1851. Recoloration contemporaine. Auteurs: HEINE, Wilhelm (1827-1885) et Robert KUMMER (1810-1889). Source: Christies/Wikipedia

Voilà ou on en est. Aujourd’hui il faudrait qu’une Madonna balance sa petite culotte pour attirer une telle exaltation, un noyau de pêche ne ferait pas l’affaire. Mais à cette époque, point de radio, de télé ou de Netflix. Les soirées et weekends sont rythmés par ces divertissements en salle et dans les salons bourgeois. L’enseignement de la musique, qui s’est démocratisé depuis la création du Conservatoire de musique de Paris en 1795, et encore plus avec l’émergence des manufactures d’instruments de musique en série (Boehm en 1828, Kriegelstein en 1831  et dès 1802 à Mirecourt pour les instruments à cordes frottées) connait un engouement certain et nombre de personnes « de la bonne société » organisent des événements musicaux privés dans leurs salons ou dans des salles de spectacle tel les salles Erard et Pleyel pour ne citer que des lieux de légendes parisiennes.

Extrait de la critique d’Henri Blanchard pour la revue et gazette musicale N°24 du 17 juillet 1849. Il est question de l’exécution de l’opus 11 de Sebastian Lee: Souvenirs sur le thème d’opéra Guido et Ginerva de Fromental Halévy, interprété par Auguste Tolbecque lors d ‘un concert salle Ste Cécile sous le patronage de M. Antonin Guillot [Valeton de Sainbris]

Toute cette activité musicale est copieusement commentée par différents périodiques appartenant aux grandes maisons d’éditions et qui en font des critiques, revues et autres articles. Elles s’octroient l’exclusivité de certains compositeurs et monopolisent les retranscriptions de leurs opéras à succès. Les publications de partitions de ces opéras permettent que ces spectacles soient joués dans le monde entier. En outre, ces mêmes éditeurs proposent également, dans la foulée, des réductions pour divers instruments solistes accompagnés de piano. On peut le voir sur la publicité ci-dessous, la partition du célèbre opéra du Prophète de Giacomo Meyerbeer, est proposée sous différentes réductions composées par des noms célèbres de l’époque, dont notre cher Sebastian pour le violoncelle avec accompagnement de piano. Ces réductions sont destinées aux amateurs et à l’organisation de musique de Chambre exécutée dans les Salons ou de plus petites salles de concerts lors d’événements musicaux plus intimistes.

Publicité Brandus & Cie parue dans la revue et gazette musicale N°43 du 28 octobre 1849 p343. Source: Google eBooks

La musicologue Rachel Nicole Becker explore l’opprobre jetée sur ce qu’elle nomme ironiquement « Trash Music », littéralement « musique de poubelle », pour qualifier les arrangements musicaux des opéras du XIXème siècle qu’elle tente de réhabiliter en faisant la distinction entre des réductions paraphrasant les airs d’origine et les variations qui proposent en un mouvement le résumé de tout un opéra avec moult déclinaisons, ornements et détours dont la valeur est toute différente.

Elle donne l’exemple de Franz Liszt (également mentionné dans la publicité de Brandus & Cie de 1849 ci-dessus pour ses morceaux à paraitre sur les airs du Prophète) au travers des réflexions du compositeur Joaquim Raff qui écrit de la Fantaisie de Liszt sur Le Prophète de Giacomo Meyerbeer « c’est un mystère pour moi de voir comment on peut se donner une telle peine pour arranger un thème comme celui-ci […] avec la même dépense d’inventions, on aurait facilement pu produire une pièce originale de la plus grande importance. » Et Becker de souligner que dans cet arrangement, Franz Liszt produit 765 portées de composition nouvelle d’après les 8 portées du thème de Meyerbeer. [11]

Franz Liszt (1811–1886), à l’âge de 16 ans, 1858

Kenneth Hamilton [9] remarque que « si l’on écoute un arrangement de [Sigismund] Thalberg avec plaisir, il est probable que nous trouvions une autre de ses pièces ennuyeuse ». En revanche, « chaque Fantaisie composée par Liszt offre des points d’intérêts potentiels uniques. Les compositions de Liszt basées sur des opéras existants encapsulent parfois un acte entier en une pièce de concert de 15mn, juxtaposant et combinant les thèmes dans la foulée »[8] Ce concept « d’encapsulage » d’une œuvre plus importante dans une fantaisie , nous dit Rachel Nicole Becker, est un leitmotiv chez Liszt, cependant, elle soutient que ce n’est pas un cas exclusif mais bien un trait commun caractéristique du genre. [10]

Sigismund Thalberg, vers 1880. Source: BNF / Wikipedia

Elle explique, en outre, que la production de Fantaisies sur des airs d’Opéras fonctionnaient comme des « bandes d’annonces de cinéma, offrant un aperçu des opéras étant sortis dans une ville mais pas encore distribués, permettant au public de se faire une idée du thème avant de s’engager à la dépense d’un billet et d’une soirée complète. » [8] Dans certains cas, la publication de Fantaisies sur un air d’opéra se répandait plus rapidement après la Première de l’opéra en question. Rachel Nicole Becker en donne l’exemple avec Un Ballo [in Maschera de Giuseppe Verdi] qui n’a pas été joué à Londres avant 1861 mais dont la Fantaisie sur les airs de Un Ballo in Maschera de Verdi par Joseph Rummel ainsi qu’Albert W Berg Un Ballo in Maschera pour piano ont été publié à Londres en 1859 et 1860 respectivement. [8]

Il semble également que le genre de la Fantaisie soit tombé en désuétude au profit du nouveau genre symphonique car si les Variations et Fantaisies étaient l’apanage des compositions virtuoses, cette même virtuosité s’est trouvé dénigrée par les critiques musicaux, notamment. Rachel Nicole Becker cite Dana Gooley qui parle d’un sens « d’inévitabilité historique » dans « le triomphe des artistes sur les virtuoses » et l’émergence du goût « symphonique », mais la diabolisation de la virtuosité ainsi que le déclin subséquent et dans la durée de la musique virtuose, décrite par Edouard Hanslick comme « une gâterie saturée de sensualité et d’enthousiasme » ont été fabriqués et n’étaient pas inévitables. [9] Et Becker de noter que « les écrits de Dana Gooley pointent spécifiquement la responsabilité des critiques musicaux en ayant monté l’opinion publique contre ces pièces virtuoses et leurs interprètes et en diminuant artificiellement le standing des pièces musicales comme les Fantaisies à travers (ironiquement) des répétitions mécaniques de phrases comme des ornements excessifs et de la virtuosité superficielle » [12]

« Dans la musicologie récente, les défenseurs de la Fantaisie comme genre estimable en appel au sérieux mérite de l’Art musical Allemand et mentionnent les variations de Mozart et Beethoven sur des arias d’opéra. Par exemple, le musicologue Charles Suttoni fait référence à une variation de Mozart sur Antonio Salieri, Giovanni Paisiello et Christophe Gluck ainsi que Beethoven sur Karl Dittersdorf, André Gréty et Antonio Salieri comme des proto-fantaisies » [13]

Pour ma part, j’en appelle à l’excellentissime Josep Castanyer Alonso, violoncelliste à l’Orchestre Philarmonique Royal de Stockholm et à son quintet de violoncelles exécutant un fragment de Carmen, l’opéra de Bizet, arrangé par Werner Thomas-Mifune que je trouve superbe et pour lequel j’achèterais un billet sans hésiter pour l’écouter en live. Bien évidemment, il ne s’agit pas de mes goûts, alors revenons à ce merveilleux Josep Castanyer Alonso qui, outre son talent de violoncelliste, évoque dans sa courte biographie sur YouTube qu’il (je le cite) « joue un petit peu de piano à côté ». Voici que, pour s’amuser, il a décidé de reprendre la chansonnette « Barbie Girl » sorti en 1997, une création du groupe Aqua qui aura nécessité les efforts de pas moins 4 compositeurs : la Norvégienne Lene Crawford Nystrøm , et les Danois Claus Norreen,  René Dif et Soren Rasted pour produire un morceau de 3,17mn dont voici un aperçu de la partition [consultable dans son intégralité ici]

Source : MuseScore , transcripteur Cody Walton d’après Aqua « Barbie girl »

On ne juge pas, le morceau s’est vendu à plus de 8 millions d’exemplaires.

Et voici donc les arrangements du talentueux Josep Castanyer Alonso qui décide d’en reprendre le thème au piano à la manière tour à tour de Mozart, Beethoven, Shumann, Shubert, Chopin et enfin Ravel.

Le merveilleux Josep Castanyer Alonso et ses arrangements de Barbie Girl – Source: https://www.youtube.com/@JosepCastanyerAlonso

Donc, là, on sera bien d’accord que la performance n’a rien à voir avec les sirupeux covers pudiquement nommés Easy Listening d’un pianiste paraphrasant de grands thèmes (d’opéras ou non) en se permettant parfois un rythme de Bossa Nova déplacé. Une musique volontiers qualifiée de « musique d’ascenseur » par les plus cléments, voire quand le sacrilège musical est trop important « de chiottes d’autoroute » par les plus courroucés. On peut aussi écouter la version de Barbie Girl de Josep Castanyer Alonso mais cette fois à la manière d’une fugue à trois voix — ça m’a tiré les larmes.

Le sublimissime Josep Castanyer Alonso et sa fugue à 3 voix sur le thème de Barbie Girl. Source: https://www.youtube.com/@JosepCastanyerAlonso

Et il persiste et signe en faisant une variation sur la petite mélodie scandée par le haut-parleur du van de crèmes glacées qui circule dans son quartier à la recherche de clients, prouvant, s’il en était encore besoin, que la Fantaisie et la Variation sont des genres musicaux qui transcendent leurs thèmes d’origine, ces derniers n’ayant pas d’influence sur la qualité finale de l’arrangement. Seul le compositeur, sa technique, sa créativité et son talent feront la différence et produiront une œuvre digne d’intérêt ou un vulgaire « pot-pourri insipide » pour reprendre les termes de Carl Almenräder [14]

le prodigieux Josep Castanyer Alonso et sa fugue sur le thème du « ice cream van » Suédois (oui, je suis fan!!!! Aaah!!! Si quelqu’un possède un de ces gants ou un noyau de pêche mâchouillé par sa très sainte personne, merci de contacter la rédaction. Ca nous intéresse!!!)

N’en déplaise donc à mon Bon Maître, mais je republierai donc toutes les Fantaisies et Variations sur des thèmes d’opéras arrangés par Sebastian Lee, jusqu’à la dernière, car on oubliera pas qu’il était au sommet de son art, compositeur, violoncelliste soliste du Grand Opéra de Paris pendant 30 ans, et, je l’ai découvert il y a peu, professeur au Collège Stanislas de Paris [15]. Je n’ai pas encore découvert une seule de ses œuvres ne présentant pas d’intérêt. Ouvrons donc nos chakras et redonnons leurs lettres de noblesse à ce genre trop longtemps dénigré et pourtant digne d’un regain d’intérêt.

Notes

[1] Les bibliothèques proposent des services de reproduction mais font payer très cher leurs prestation de copie et d’envoi par courrier électronique. Par ailleurs, ils ajoutent d’autres frais si les contenus reproduits sont distribués et/ou partagés. C’est pourquoi l’obtention d’un document est très onéreuse.

[2] Oscar Catalan Gonzalez, thèse de doctorat intitulée : Un modèle vocal issu de l’opéra : l’exemple des Fantaisies pour flûte sur des thèmes d’opéra en France au XIXe siècle (La Sorbonne, 2022)

[3] Charles Soullier, Nouveau dictionnaire de musique illustré, Paris, Bazault, 1855, p. 124 in

[4] Revue & gazette musicale N°39 du 29 Septembre 1850 « Jenny Lind à New-York » p325-326

[5] Le Rossignol est un surnom donné à jenny Lind par le chroniqueur Ernest Deschamps.

[6] 30 000 francs français en 1849 seraient l’équivalent de US$150 000, basé sur le prix du billet donné dans l’article (US$3 = 15frs). Rapporté à l’inflation (basé sur les publication du US Department of Labor), la somme équivaudrait à US$5,98 millions actuels.

[7] ici, l’auteur de l’article cite le journal des débats qui rapporte au bimensuel français les faits et gestes quotidiens de la cantatrice en tournée dans leur ville grâce à des communications avec des journaux locaux en mentionnant : « Nous empruntons au Journal des Débats relation extraite des journaux américains. On y verra que si le peuple des Etats-Unis ne peut, comme le peuple français, se vanter d’être le plus spirituel de la terre, il en est assurément le plus enthousiaste, et qu’il se fait un point d’honneur de laisser bien loin l’exemple déjà passablement excessif que les Anglais lui avaient donné. Du reste, les triomphes obtenus il y a quelques années dans le même pays par Fanny Eilsler rendent ceux de jenny Lind vraisemblables. La danse avait précédé le chant ; c’est l’ordre inverse de celui que la fourmi conseille à la cigale dans la fable de La Fontaine. » 

[8] Trash Music, valuing XIXth century Italian Opera Fantasias for Woodwinds, Rachel Nicole Becker, St John’s College 2017

[9] Kenneth Hamilton, « The Opera Fantasia and transcriptions of Frantz Liszt: a critical study (thèse non publiée, Université d’Orxford, 1989 p315 in Rachel Nicole becker, Trash Music, valuing XIXth century Italian Opera Fantasias for Woodwinds, St John’s College 2017

[10] Walker, “Liszt Franz 10 arrangements”, in Ibid

[11] Lewis Foreman et Susan Foreman, London: A Musical Gazetteer (Yale University Press, 2005) p302 in Ibid p15

[12] Dana Gooley, “The battle against instrumental virtuosity in the early nineteenth century”, Franz Liszt and his World, ed. By Christopher Gibbs and Dana Gooley (Oxford: Princeton University Press, 2006), p76, in ibid

[13] Suttoni, “Piano fantaisies and descriptions”, Grove Music Online, in Ibid

[14] James B. Kopp, The Bassoon (Londres: Yale University Press, 2012) p139 in Ibid.

[15] Selon un article paru dans la gazette et Revue musicale de Paris N°30 du 26 Juillet 1846 qui relate un concert philanthropique au Collège Stanislas par la Société de patronage pour les enfants dans les manufactures de Mme Emma Collard. J’en reparlerai dans un prochain article.

Banner image (above) part of the engraving by Charles Bour (1814-1881) used for the frontispiece of the original score of Le Prophète by Meyerbeer (1849).

Fantasies and Variations: The Poor Country Cousins of Classical Music?

Written by Pascale Girard. Thank you to Sheri Heldstab and friends for translating, correcting, proofreading and improving this article.

When I began to reconstruct Sebastian Lee’s catalog of compositions, it didn’t take long before I got my hands on his arrangements of Fantasies derived from famous operatic arias. I was excited to share my finds with my cello instructor, and feeling very proud of myself, I took the first opportunity to show him my new-found treasures. Smiling gleefully, I handed him a copy of the “Great Dramatic Fantasy on the Air of the Prophet by Giacomo Meyerbeer” [“Grande Fantaisie dramatique sur l’air du Prophète de Giacomo”], opus 53, by Sebastian Lee.  This was not easily found in the Austrian National Library, and obtaining the copy had been quite expensive for me, personally.[1] My instructor looked at it disdainfully and said, “Forget it, it’s not important. We’ll focus on original works.” I was shocked! This work was completely original, and written by my favorite composer, Sebastian Lee.

However, my instructor (who doesn’t allow his ears be wooed by a few musical frills) has never ceased to amaze me with his musicality and musical knowledge – so when he says something, I generally listen. Consequently, we have not republished any of Sebastian Lee’s “Variations and Fantasies”. I decided that I would delve into that at a later date since we already had enough to do with the “original” validated opuses.

Recently, however, a PhD thesis defense by researcher and musicologist Oscar Catalan-Gonzalez was published by the Bibliothèque Nationale de France (BNF).  His thesis rekindled my curiosity about Sebastian Lee’s « Variations and Fantasies ». In his thesis, Catalan-Gonzalez explains that “this musical genre […] seeks to imitate successful singers, with the hope of achieving their vocality, on the instrument.” [2] He also confirmed for me that the “consequent production of this musical genre in France in the 19th century immediately proves the affection that the listener had for it in different manifestations. Nevertheless, it is surprising to note that despite its success, in addition to being considered ‘unimportant’, this repertoire is often described as ‘bad music’ by the instrumentalists themselves.” [2] He adds that the flute, on which his research focused, is similar in timbre to the human voice. This made me smile as I have heard the same remark made about cellos time and time again. Catalan-Gonzalez’s analysis, therefore, applies to instruments other than just the flute.

No matter what the instrument, flute or bagpipe, if there is an underappreciated genre in the modern “classical” repertoire, it is in the art of arrangements, which were greatly enjoyed by the public in the 19th century. In Paris, opera theaters caused a sensation with various productions by composers – the rockstars of their time – such as Giacomo Meyerbeer (1791-1864), Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) and Fromental Halévy (1799-1862). The singers who played the leading roles in these productions were adored by the public. Crowds sometimes became violent over tickets to the shows, as reported by Ernest Deschamps, columnist and manager of the Revue et Gazette Musicale in 1849, along with Louis Brandus [3]. In Deschamps’ article, he describes the collective hysteria surrounding the Swedish singer Jenny Lind, on tour at the time in New York in her role as Norma in the opera of the same name, composed by Vincenzo Bellini, and which, incidentally, had its premiere 20 years earlier in Milan.

Source: Wikipedia

The audience’s fanatical behavior clearly shows this century’s craze for musical entertainment and the financial windfall that these productions represented: “The Nightingale[4] … has not yet sung, this is just the beginning!… The triumphal march of the Nightingale … the presentation to the Nightingale of five hundred ladies with whom she is obliged to shake hands, the description of the furniture specially ordered from the Irving Hotel for the Nightingale and which cost 30,000 francs[5], the news that Barnum, the entrepreneur, has rented Castle Garden, which holds 8000 people, to give concerts, the sending of countless bouquets and other tokens of affection that the Nightingale refuses … never have we seen such fury … the railways and steamboats pour out torrents of travelers who have come to see the Swedish marvel … we are given a description of the Nightingale, Jenny Lind is not a classic beauty, she has many features of a German and of a Scottish woman. A prize of 1000frs [francs] is awarded to the author of the best poem in honor of the Nightingale. There are 750 competitors! And as a result, 749 dissatisfied people … the newspapers were filled with news of the sale [of concert tickets] the day before, it was raining in torrents and yet around 5,000 people were rushing to the offices to get tickets. The original price of the ticket [at auction] was US$3 (15frs).The commissioner goes on stage and begins by declaring that he is in the same place where the Nightingale will be.The first ticket sold will allow the owner of the ticket to choose their own seat.The first bid goes to US$25, it is the 2 large hotels, the Irving and the York, which are in very lively competition. They have orders for their tenants, but they are ignominiously left behind by a simple citizen, Mr. Genin, a hatter [haberdasher], who storms off with the first ticket, having won the bid at the price of US$225 (1250Frs).When his name is proclaimed, the whole assembly rises and gives him three cheers … What is happening? Is he a friend? No, it’s a ploy. This intelligent businessman is said to have delved deeper into the philosophy of advertising.They tell him that he is crazy, he replies that he will know how to make a profit from it. We offer him US$50 [over his bid], he wouldn’t give his ticket for US$500. His competitors are 3 pharmacists who made their fortune through advertisements, and who envy him, because now the name of Mr. Genin the Haberdasher will turn all heads. It is claimed that on the day of the concert, he plans to distinguish himself by hanging a huge hat in the room. … at 2 a.m., Mr. [Julius] Benedict, who had come from London to conduct the orchestra, entered. Meanwhile, the Nightingale walks and enjoys the splendid view of the bay while chatting graciously with 3 ladies who had the privilege of joining her. The Nightingale has a checked dress, a red shawl and a green silk hat. When the Nightingale appears on stage, it is to thunderous applause. She turned slightly pale, the effect of overwhelming emotion. She begins Casta Diva [Norma’s first song], the enthusiasm this time is impossible to describe. We are told [6] that the orchestra forgets that she is an earthly creature, and is ready to fall on its knees and worship her. At the gates, the crowd riots; the Nightingale is forced to fly away through a back door … we fear for the days of the Nightingale … The other day the Nightingale was on a balcony with two other ladies. One of the ladies, after eating a peach, threw the pit into the street. The crowds fought to pick it up; there are concerns that there may have been deaths or injuries during the fight. It is also said that one of the Nightingale’s gloves was picked up, and that the lucky owner of this treasure charges 1 shilling [7] to kiss the outside, and 2 shillings to kiss the inside of the glove.”

Wide angle view of New York City (Manhattan Island with Battery Park in the background), 1851. Contemporary recoloring.

Authors: HEINE, Wilhelm (1827-1885) and Robert KUMMER (1810-1889). [8]

This is where we are. Today, a pop music star would have to show more than just skin to the audience to generate the same degree of rapture – a simple peach pit would not be enough. But at that time, there was no radio, TV, or Netflix. Evenings and weekends were punctuated by these entertainments, both in the theaters and in the bourgeois living rooms of the time. The teaching of music had been democratized since the creation of the Paris Conservatory of Music in 1795, and even more so with the emergence of mass-produced musical instrument manufacturers (Boehm in 1828, Kriegelstein in 1831, and, for bowed string instruments, Mirecourt in 1802). A great deal of enthusiasm was beginning to form around learning to play a musical instrument and a number of people “from good society” began to organize private musical events in their living rooms or in performance halls such as the Erard and Pleyel halls, to name only a few places of Parisian legends.

Excerpt from Henri Blanchard’s review of the performance of Sebastian Lee’s opus 11: “Memories on the theme of the opera Guido and Ginerva by Fromental Halévy”, performed by Auguste Tolbecque during a concert at the Ste Cécile hall under the patronage of Mr. Antonin Guillot [Valeton de Sainbris][9]

Approximate translation:  “Also distinguishing themselves on this musical morning were: Mr. Auguste Tolbecque, performing on the cello “Variations on Guido and Ginevra” by Mr. Lee with accuracy and good expression; Mr. Verroust, who performed a charming oboe solo of his own composition; Mr. Goria, who played an entire piece from an Italian opera on the piano for us, and his charming saltarella; and finally, Mr. Malezieux, who came to tell us about the juicy gossip currently circulating about Father Trinquefort to prove to us that he had not died of cholera as rumor had claimed.”

All this musical activity is copiously commented on by various periodicals belonging to the major publishing houses, which produce critiques, reviews, and other articles. They grant themselves exclusivity for certain composers and monopolize the transcriptions of their successful operas. The publication of these operatic scores finances the performances of the operas around the world. At the same time, these publishers also offer discounts for various solo instruments accompanied by piano. We can see in the advertisement below that the score of the famous opera “The Prophet” by Giacomo Meyerbeer is offered in different variations, composed by famous names of the time, including our dear Sebastian (for the cello with piano accompaniment). These reductions [10] are intended for amateurs and are written as Chamber music to be performed in Salons or smaller concert halls during more intimate musical events.

Brandus & Cie advertisement published in La Revue et Gazette Musicale, 1849. [11]

The musicologist Rachel Nicole Becker explores the vilification of what she ironically calls « Trash Music »[12].  She attempts to rehabilitate the instrumental arrangements of 19th century operas by making the distinction between reductions (musically paraphrasing the original works) and variations (musically summarizing an entire opera with many variations, ornaments, and changes) – the value of each being completely different.

She gives the example of Franz Liszt – also mentioned in the 1849 Brandus & Cie advertisement, above, for his pieces based upon the themes of Le Prophète – by quoting the German composer Joachim Raff’s opinions of Liszt’s Fantasy on The Prophet by Giacomo Meyerbeer “it is a mystery to me how one can go to such trouble to arrange a theme like this … with the same expenditure of inventions, one could easily have produced an original piece of the greatest importance.” In response to this critique, Becker points out that Liszt’s arrangement produces 765 staves of new composition based on the 8 staves of Meyerbeer’s theme. [12]

Franz Liszt (1811–1886), 1858

Kenneth Hamilton [13] remarks that « if we listen to one arrangement of [Sigismund] Thalberg with pleasure, we are likely to find another of his pieces boring. » On the other hand, “…each Fantasy composed by Liszt offers unique potential points of interest. Liszt’s compositions based on existing operas sometimes encapsulate an entire act into a 15-minute concert piece, juxtaposing and combining themes in the process.”[12] This concept of « encapsulating » a larger work into a Fantasy , Becker tells us, is a leitmotif in Liszt; however, she maintains that this is not an exclusive case but rather a common characteristic of the genre. [14]

Sigismund Thalberg, circa 1880. Source: BNF / Wikipedia

She further explains that the production of Fantasies of operas functioned like « cinema trailers, offering an overview of operas having been released in a city but not yet distributed, allowing the public to get an idea of the theme before committing to the expense of a ticket and a full evening.” [12] In some cases, the publication of Fantasies on operas spread more quickly after the premiere of the opera in question. Becker gives the example of Un Ballo in Maschera [by Giuseppe Verdi], which was not performed in London before 1861 but whose Fantasies, written by Joseph Rummel as well as Albert W Berg, were published in London in 1859 and 1860 respectively. [15]

It also seems that the genre of operatic Fantasy has fallen into disuse in favor of the new symphonic genre because if Variations and Fantasies were comparable to virtuoso compositions, this same virtuosity found itself denigrated – particularly by musical critics. Becker quotes Dana Gooley who speaks of a sense of « historical inevitability » in « the triumph of artists over virtuosos » and the emergence of « symphonic » taste. However, the demonization of virtuosity as well as the subsequent decline in the duration of virtuoso music, described by Edouard Hanslick as « a treat saturated with sensuality and enthusiasm » were manufactured and were not inevitable. [16] Becker also notes that « the writings of Dana Gooley specifically point to the responsibility of musical critics in having turned public opinion against these virtuoso pieces and their performers and in artificially diminishing the standing of musical pieces like the Fantasies through (ironically) mechanical repetitions of phrases like excessive ornaments and superficial virtuosity”. [12]

“In recent musicology, defenders of Fantasy as an estimable genre appeal to the serious merit of German musical art and mention the variations of Mozart and Beethoven on opera arias. For example, musicologist Charles Suttoni refers to a variation by Mozart on Antonio Salieri, Giovanni Paisiello and Christophe Gluck, as well as Beethoven on Karl Dittersdorf, André Gréty and Antonio Salieri as proto-fantasies ». [17]

For my part, I’ll look to the excellent example of Josep Castanyer Alonso, cellist at the Royal Stockholm Philharmonic Orchestra, and his cello quintet performing a fragment of Carmen (an opera written by Bizet) arranged by Werner Thomas-Mifune. I think this arrangement is superb and would buy a ticket in a heartbeat to hear it performed live. Obviously, this is not about my tastes, so let’s return to this wonderful cellist Josep Castanyer Alonso who, in addition to his talent as a cellist, mentions in his short biography on YouTube that he “…also play[s] the piano a bit…” For fun, he decided to create not one, but two Fantasies of the song “Barbie Girl”, a popular song released in 1997 by the group “Aqua”.  The original song “Barbie Girl” required the writing efforts of no less than 4 composers (Lene Crawford Nystrøm from Norway, and Claus Norreen , René Dif and Soren Rasted all from Denmark) to produce a 3.17 minute-long song.

Transcription of Aqua’s “Barbie Girl” arranged by Cody Walton [18]

(No judgment here, the song has sold more than 8 million copies!)

Here is one of the two Fantasy arrangements of “Barbie Girl” by the talented Josep Castanyer Alonso [19], who has arranged the modern theme in the style of Mozart, Beethoven, Schumann, Schubert, Chopin and finally Ravel (with hilarious commentary in the video).

The wonderful Josep Castanyer Alonso and his arrangements of Barbie Girl[20]

Perhaps we can agree that the performance has nothing to do with the syrupy covers – modestly named “Easy Listening” – of a pianist paraphrasing great themes (opera or not) sometimes allowing himself a Bossa Nova beat. This music is described as “elevator music” by the most lenient and as “motorway garbage” by the most offended when the musical sacrilege is just too much to bear. However, we can also listen to the version of “Barbie Girl” by the sublime Josep Castanyer Alonso but this time in the style of a three-part fugue – it brought tears to my eyes.

The sublime Josep Castanyer Alonso and his three-voice fugue on the theme of “Barbie Girl”. [21]

He continues his art with the creation of a variation on the short melody played by the ice cream truck that drives around his neighborhood.  The transformation of the ice cream truck’s bit of auditory doggerel proves, if proof is still necessary, that Fantasy and Variation are musical genres which transcend their original themes, with the original theme having no influence on the final quality of the arrangement. Only the composer, his technique, his creativity, and his talent will make the difference between a work worthy of interest or a vulgar “tasteless medley” to use the terms of Carl Almenräder.[22]

The prodigious Josep Castanyer Alonso and his fugue on the theme of the Swedish ice cream truck (yes, I’m a fan!!!! Aaah!!! If anyone has one of his gloves or a peach pit gnawed on by his divine person, please contact the editorial staff! We are interested!!!) [23]

Thus, with no offense intended to my cello instructor, I will be republishing all of the Fantasies and Variations on Opera Themes arranged by Sebastian Lee, right down to the last one. We should not forget that he was at the peak of his career at the time that he arranged those pieces: artist, composer, solo cellist at the Grand Opéra de Paris for 30 years, and, I recently discovered, professor at the Collège Stanislas de Paris. [24] I have yet to find a single one of his works uninteresting. So let us open our minds and restore honor to this denigrated genre which is deserving of renewed interest.

Notes:

[1] Libraries such as this one allow reproductions to be made, but they charge for scanning and emailing the document.  In addition, they charge an extra fee if the image is going to be reproduced or shared, as if they owned the copyright.  Thus, obtaining a copy of a document can be quite expensive.
[2] Oscar Catalan-Gonzalez, doctoral thesis, “A Vocal Model from Opera: The Example of Fantasies for Flute on Opera Themes in France in the 19th Century” (La Sorbonne, 2022), https://bnf.hypotheses.org/27165, (accessed online 28 December 2023).
[3] La Revue et Gazette Musicale Vol. 17, No. 39, 29 September 1850 “Jenny Lind à New-York” pp. 325-326, https://books.google.com/books?id=8NXtdepgEF4C, (accessed online 28 December 2023).

[4] “The Nightengale” is a nickname given to Jenny Lind by Ernest Deschamps.
[5] 30,000 French Francs in 1849 would have been worth approximately US(1849)$5,400 based on the bidding price by Mr. Genin given later in the same article (US$225 = 1250Frs).  When adjusted for inflation (based on records published by the U.S. Department of Labor), that would be the approximate equivalent of US(2023)$213,700.
[6] Here, the author of the article cites the Journal des Débats, which, every other week, reports the daily doings and actions of the singer on tour in their city thanks to communications with local newspapers, mentioning: “We borrow from the Journal des Débats their relationship with American newspapers. We will see that if the people of the United States cannot, like the French people, boast of being the most spiritual on earth, they are certainly the most enthusiastic, and that they make it a point of honor to surpass the already rather excessive example that the English had provided. Moreover, the triumphs obtained a few years ago in the same country by Fanny Eilsler make those of Jenny Lind plausible. The dance had preceded the song; it is the opposite order to that which the ant advises to the grasshopper in La Fontaine’s fable.
[7] A New York shilling, or “York shilling” was worth approximately 12.5 US cents.  According to Caleb Crain, “the currency and coinage in the U.S. before the Civil War is a great big mess … the emerging consensus seems to be that the New York shilling, or “York shilling,” was worth about 12.5 U.S. cents between the 1830s and 1850s, but that the actual coin referred to was a Spanish (or Latin American) real. There were eight reales in a Spanish dollar; thus the nickname for Spanish dollars, “pieces of eight.” (This would also explain the slang reference to a quarter as “two bits,” i.e., two reales, or two York shillings.)” Caleb Crain, “What was the (New) York shilling?”, https://steamthing.com/2020/02/what-was-the-new-york-shilling.html (accessed online 28 December 2023).
[8] https://en.wikipedia.org/wiki/File%3ABirds-eye_view_of_New_York,_1851.png (accessed online 28 December 2023).
[9] La Revue et Gazette Musicale Vol. 16, No. 24, 17 July 1849, p. 188, https://books.google.com/books?id=iLlCAAAAcAAJ, (accessed online 28 December 2023).
[10]In music, a reduction is an arrangement or transcription of an existing score or composition in which complexity is lessened to make analysis, performance, or practice easier or clearer; the number of parts may be reduced or rhythm may be simplified, such as through the use of block chords.”  [Wikipedia, “Reduction (music)”]
[11] La Revue et Gazette Musicale Vol. 16, No. 43, 28 October 1849, p.343, https://books.google.com/books?id=iLlCAAAAcAAJ, (accessed online 28 December 2023).
[12] Rachel Nicole Becker , “Trash Music, Valuing 19th Century Italian Opera Fantasias for Woodwinds”, St John’s College 2017, https://doi.org/10.17863/CAM.26391, (accessed online 28 December 2023).
[13] Kenneth Hamilton, “The Opera Fantasia and Transcriptions of Frantz Liszt: a Critical Study” (unpublished thesis, Oxford University, 1989) as cited on p.315 in [12].
[14] Walker, “Liszt, Franz, 10 arrangements”, as cited in [12].
[15] Lewis Foreman and Susan Foreman, “London: A Musical Gazetteer” (Yale University Press, 2005) p.302 as cited on p.15 in [12].
[16] Dana Gooley, “The Battle Against Instrumental Virtuosity in the Early Nineteenth Century, Franz Liszt and his World”, ed. Christopher Gibbs and Dana Gooley (Oxford: Princeton University Press, 2006), p76,
as cited in [12].
[17] Charles Suttoni, “Piano Fantasies and Descriptions”, Grove Music Online (https://doi.org/10.1093/gmo/9781561592630.article.O005677), as cited in [12].
[18] https://musescore.com/user/4367091/scores/11667406 (accessed online 28 December 2023).
[19] https://www.konserthuset.se/en/royal-stockholm-philharmonic-orchestra/members-in-the-orchestra/cello/josep-castanyer-alonso/ (accessed online 28 December 2023).
[20] https://www.youtube.com/watch?v=WRfsibwR5x4 (accessed online 28 December 2023).
[21] https://www.youtube.com/watch?v=qsE7H6YPfco (accessed online 28 December 2023).
[22] James B. Kopp, The Bassoon (Londres: Yale University Press, 2012) p.139 as cited in [12].
[23] https://www.youtube.com/watch?v=ZV0e7vd0mL8 (accessed online 28 December 2023).

[24] According to an article published in La Gazette et Revue Musicale No. 30, 26 July, 1846, about a philanthropic concert at the Collège Stanislas by the Society of patronage for children in the factories of Mrs. Emma Collard. To be discussed in a future blog entry.

Translation Note:  This translation attempts to be true to both the ideas and the tone of voice used by the author.  That said, some French idioms do not translate perfectly to English.  In those cases, I have attempted to maintain the concept, if not the exact words, of this translation.

Translated to English by Sheri H.

Le fils retrouvé

English

Par Pascale Girard

Quand on fait de la recherche, on oscille souvent entre impatience, déconvenue, espoir, déception et ceci à répétition tant il est vrai que les avancées nécessitent un brassage de sources souvent considérable. Cependant, il y a quelques jours, j’ai reçu une belle récompense après une longue traversée du désert. Je farfouillais sur le site d’IMSLP à la recherche de nouveaux opus de Sebastian Lee. Le site est un wiki collaboratif et il est donc régulièrement mis à jour par des internautes comme moi qui y ajoutent de nouvelles sources. Des partitions réapparaissent et sont numérisées, puis répertoriées en ligne. Je fais donc mon petit travail de veille, et me vient l’idée de regarder également l’évolution de la page de Louis Lee (1822-1896), jeune frère de Sebastian. Louis était également violoncelliste et compositeur. Bien que résident à Hambourg, il était connu en France. La Gazette Musicale de Paris lui consacre plusieurs chroniques sur plusieurs années: on fait l’éloge de ses performance d’enfant prodige [1] ainsi que d’un quintet qu’il aurait composé et dont je n’ai pas encore retrouvé la trace.

Je me retrouve donc sur la page de Louis Lee et là, apparaît une nouvelle phrase surlignée dans la section des opus du musicien. Il aurait écrit une symphonie car elle est mentionné dans un livre que Google a eu la bonté de numériser et qui est consultable gratuitement [2]. Je retrouve page 16 la référence en question et découvre avec enthousiasme que le livre mentionne plusieurs Lee, dont ce cher Sebastian. S’en suit Louis dont j’évoquais la carrière précédemment et enfin, juste sous son nom, on découvre un Edouard Lee ainsi que la ligne suivante:

Lee Eduard, Sohn des Sebastian Lee, pianist aus Hamburg, starb schon den 23 . Dec. 1861, 26 jahre. Ce qui peut être traduit comme suit: Lee, Edouard, pianiste de Hambourg, déjà décédé le 23 décembre 1861 à l’âge de 26 ans. [2] Il est difficile de décrire avec des mots la joie d’une telle découverte pour quelqu’un qui passe des heures, des jours et maintenant même des années à brasser des sources à la recherche d’informations sur la vie et l’œuvre de Sebastian Lee. J’avais déjà retrouvé la fille de Sebastian Lee et Catarina Lee née Luther grâce à une mention dans l’acte de décès de Sebastian Lee car Caroline et son mari vivaient dans le même immeuble que Sebastian et sa femme Catarina lorsqu’il fût décidé de rentrer à Hambourg en 1870, juste avant les événements de la Commune et surtout de la guerre Franco-Prussienne. Voilà maintenant que je découvre un fils! Et musicien en plus! Oscar Paul, l’auteur de l’ouvrage ou figurent les informations, le qualifie de « pianiste » mais il était également violoncelliste car j’ai une partition de 1856 d’Edouard Lee qui a fait au moins une partie de sa carrière en France. S’il est né en 1835, Sebastian et Catarina étaient alors à Londres (ils s’installent à Paris en 1837). Je pense qu’Edouard avait reçu une éducation musicale qui incluait le violoncelle puisque sa partition, publiée en français chez S.Richault, est une sérénade pour chant, piano et violoncelle dont il a tout écrit, sans l’aide de papa.

A contrario, Maurice Lee (1821-1895), autre frère de Sebastian, qui était un pianiste et compositeur également très actif (la BNF a presque tout son catalogue) n’a jamais composé quoi que ce soit pour violoncelle, comme par exemple sa Gavotte Louis XV (opus 54) dont Sebastian écrira la partie de violoncelle. Si Edouard Lee a composé sa sérénade avec violoncelle, ce n’est pas un hasard. Certes, un compositeur peut techniquement écrire pour n’importe quel instrument sans en jouer, mais il ne s’agit pas là d’une symphonie. Edouard Lee a choisi le piano et le violoncelle pour composer ce rare opus parce-qu’il maîtrisait ces instruments.

De sa courte vie, Edouard Lee a réalisé, outre cette œuvre non-numérotée, 2 arrangements répertoriés au catalogue de la BNF

Par ailleurs, lancée sur la piste de la progéniture de Sebastian et Catarina Lee, j’ai retrouvé quantité de bébés Lee à Paris dans le fond des archives reconstituées de Paris. Ces archives ayant été perdues lors des grands incendies de La Commune, les actes ont été patiemment reconstitués sur une base déclarative et la présentation d’actes d’état civils à une commission qui a œuvré 30 ans pour reconstituer quelques uns des 8 millions d’actes perdus lors de l’incendie de l’Hôtel de ville le 24 mai 1871

Pas de trace de mon Edouard Lée, qui n’est peut-être pas né à Paris ou dont l’acte de naissance est perdu à jamais, mais il y a plusieurs foyers familiaux et la petite Clara Octavie, Eugénie, Marie Lée née le 5 mai 1856 fait peut-être partie des rejetons Lee qui nous intéressent (elle est née dans le 9ème arrondissement). Notre Sebastian a vécu principalement dans le 9ème arrondissement, tour à tour au 73, rue des Martyrs puis au 8, rue Jean-Baptiste Say à 350m de son précédent logement, dans le même arrondissement, mais à des dates antérieures, vérifiables à ce jour.

L’adresse de Sebastian Lee au 73, rue des Martyrs à Paris de 1861 à 1864 selon le registre publié de l’Association des artistes musiciens dont il était sociétaire. [3] Le numéro 73 se cache derrière le volet droit de la fenêtre du 1er étage à gauche (j’ai mis du temps à le trouver 😉 et aujourd’hui, un bâtiment, qui n’a pas l’air d’époque, héberge un sauna au rez-de-chaussée. Tout cela juste à côté de l’actuelle salle de spectacle le Divan du Monde.

Le 8, rue Jean-Baptiste Say à Paris, l’adresse des Sebastian Lee jusqu’en 1868 [3]

Les recherches continuent, et pas moyen pour le moment de mettre la main sur l’acte de décès d’Edouard Lée, que je supposais mort à Paris.

Source: Revue et Gazette Musicale, décembre 1861 [4]

Des pistes s’ouvrent vers Londres et Hambourg. Affaire à suivre…

Pascale Marin

Références

[1] Gazette et Revue musicale de Paris, 1834 p456 – https://books.google.fr/books?id=sr5CAAAAcAAJ&printsec=frontcover&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

[2] Handlexicon der Tonkunst, Volume 2 par Oscar Paul, 1873

[3] Registre IReMUS Institut de Recherches en Musicologie http://iremus.huma-num.fr/aam Association des Artistes Musiciens, Liste des sociétaires (1844-1876).

[4] Source: Revue et Gazette Musicale, décembre 1861 https://archive.org/details/revueetgazettemu1861pari/page/413/mode/1up?view=theater

The rediscovered son

19 November 2023

Written by Pascale Girard. Thank you to Sheri Heldstab and friends who kindly translated this article.

When I am doing research, I often bounce back and forth between impatience, dismay, hope and disappointment, and this occurs repeatedly because the progression of a research project demands the scouring of a considerable number of documents. A couple of days ago, after a long dry spell, my hard work paid off!

I was rummaging on the IMSLP website in search of new opuses from Sebastian Lee. IMSLP is a collaborative Wiki and is updated by contributors like me who upload new material. Scores may be uploaded from sources previously unknown and are then digitalised, classified, and posted online. While I was perusing IMSLP, I realized that I should also check for changes in content for Louis Lee (1822-1896), the younger brother of Sebastian. Louis was also a cellist and a composer, and while he resided in Hamburg, Germany, he was also famous in France. The Gazette Musicale de Paris, an important weekly musical magazine during the 19th century, wrote several pieces about him over a period of years: they praised his performance as a child prodigy and also praised a quintet that he composed (which I still haven’t found any trace of).

[*** “Child prodigy, Louis Lee of Hamburg, a young cellist, aged 12, is all the rage of his native city.”  … (The Vieux-Temps and the Brothers Eichorn were popular musicians of the same time period)] [1]

As I’m looking through Louis Lee’s content on IMSLP, I discover a new hyperlink in the section, seeking to gather the opuses of the musician. According to a book that Google was kind enough to digitalise and make available online, Louis Lee had composed a symphony. [2] I found the pertinent reference on page 16 and happily discovered that the book lists several people with the surname Lee, including our dear Sebastian, followed by Louis, whose career I have previously mentioned, and finally, just after Louis, there is an Edouard Lee with the following information after his name:

[“Lee, Eduard, Sohn des Sebastian Lee, pianist aus Hamburg, starb schon den 23. Dec. 1861, 26 jahre alt.” English translation: “Lee, Edouard, Son of Sebastian Lee, pianist from Hamburg, died on 23 December 1861, aged 26 years old.] [2]

There are no words which adequately convey the joy of such a discovery for someone who spends hours, days, and now years shuffling through sources in search of information about the life and work of Sebastian Lee. Thanks to a mention in his death certificate, I had already found Sebastian Lee and Catarina Lee nèe Luther’s daughter, Caroline, because Caroline and her husband were living in the same building as Sebastian and his wife when they decided to move back to Hamburg in 1870, just before the Franco-Prussian war (1870-1871).

Now I have discovered another son! And a musician on top of it! Oscar Paul, the author of the book where I found the information about Edouard Lee, describes Edouard as a “pianist” but I know he was also a cellist, as I have a score published in 1856 from Edouard Lee who spent at least part of his career in France. If he had been born in 1835, Sebastian and Catarina would have been in London at that time (they settled in Paris in 1837). I think Edouard received a musical education which included cello as well as piano, since his score, published in French by S.Richault, is a Serenade for vocals, piano, and cello in which Edouard wrote every part without help from dear old Dad!

Sebastian’s brotherMaurice Lee (1821-1895), who was a pianist and a prolific composer (the French National Library [BNF] has a lot of his work) never composed anything for cello. In Maurice’s Gavotte Louis XV (opus 54), Sebastian was credited with writing the cello part. If Edouard composed his Serenade with a cello part, it is not by chance. Admittedly, a composer can technically write for any instrument without necessarily being able to play the instrument, but this was not a symphony. I believe Edouard Lee chose piano and cello in composing this rare opus because he mastered both these instruments.

During his short life, Edouard Lee wrote two other works listed in the BNF catalogue in addition to that shown above.

Now that I was looking for the offspring of Sebastian and Catarina, I found quite a few Lee children in the reconstructed Paris civil archives. These archives were lost during the big fires of La Commune, and have now been patiently put back together by a commission that worked for 30 years reconstructing some of the 8 million certificates lost during the Paris Town hall fire on 24 May 1871.

Unfortunately, there was no trace of my Edouard Lee, who may not have been born in Paris or whose birth certificate may be lost forever, but there are several Lee households and young Clara Octavia Eugenie Marie Lee, born on the 5th of May 1856, could well be one of the younger Lees we are interested in (she was born in the 9th district of Paris). Sebastian Lee lived mostly in the 9th district, first on 73 rue des Martyrs and then on 8 rue Jean Baptiste Say, approximately one-quarter mile away from his previous apartment, in the same district, on previous dates that I have verified.

Sebastian Lee’s lodgings from 1861 to 1864 at 73 rue des Martyrs in Paris, according to the Register from the Organisation of Associate Artists Musicians of which he was a member. [3]  The number 73 is hidden behind the right window shutter of the first window on the left on the first floor. Currently, the building hosts a sauna on the ground floor, and is next door to the Divan du Monde Performance Hall.
Sebastian Lee’s address until 1868 – 8 rue Jean-Baptiste Say in Paris. [3]

The research continues, but at the moment, I have no way to get a hold of Edouard Lee’s death certificate, assuming he died in Paris.

[*** M. Edouard Lee, pianist and accomplished composer, son of cellist Sebastian Lee, died on the 23rd of this month, in his twenty-sixth year.] [4]

My current research is now leading me towards London and Hamburg. To be continued…

Pascale Marin

Références

[1] Gazette et Revue musicale de Paris, 1834 p456 – https://books.google.fr/books?id=sr5CAAAAcAAJ&printsec=frontcover&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

[2] Handlexicon der Tonkunst, Volume 2 par Oscar Paul, 1873

[3] Registre IReMUS Institut de Recherches en Musicologie http://iremus.huma-num.fr/aam Association des Artistes Musiciens, Liste des sociétaires (1844-1876).

[4] Source: Revue et Gazette Musicale, décembre 1861 https://archive.org/details/revueetgazettemu1861pari/page/413/mode/1up?view=theater